18/02/2013

ICI ET AILLEURS

 

Je voudrais évoquer en quelques mots ce que l’on a coutume d’appeler « l’identité sétoise », non seulement pour témoigner de ce que je ressens au regard de cette particularité qui me colle à la peau mais aussi de ce que l’on peut ressentir à l’extérieur de cette population à forte personnalité et pourtant secrète.

 

Je voudrais retenir – sans pour cela en faire un jeu de mots supplémentaire à tous ceux qui s’appuient sur le nom de la ville de Sète – 7  critères de choix pour définir ce qui fait un vrai sétois. Quelle prétention, me dira-t-on de vouloir inscrire dans un moule ces gens qui, par définition, refusent le moule ? Admettons alors que ce paradoxe s’ajoutera comme la manifestation de cet esprit sétois dont je ne peux me défaire !

 

Mais peut-être, après tout, les critères d’appartenance ne sont-ils pas différents de ceux qui s’appliquent à tous ceux qui revendiquent une appartenance géographique. Ce sont seulement les contenus de ces critères qui définissent l’identité recherchée. Au fond il s’agirait tout simplement de passer du général au particulier, comme toujours, pour savoir pourquoi un Sétois n’est pas un Parisien !

 

1 – Pour chacun de nous, il existe un berceau. La mer est le berceau de Sète. De tous côtés, ou presque. Avec l’étang de Thau, berceau de l’ostréiculture, petite mer du Nord qui la raccroche au continent sans lequel aucune île ne peut survivre.

 

2 – Chacun de nous a besoin d’un espace. Le bord de l’eau est l’espace de Sète. Bord de l’eau naturel avec la plage, artificiel avec les quais : le rivage et le port. Et lorsque Saint Clair apparaît, c’est en plongeant dans la mer qu’il trouve sa stature. Saint Clair au bord de l’eau, au Sud comme au Nord, à l’Ouest comme à l’Est, visible aux quatre points, imposant sa présence à tous ceux qui l’approchent. Le mont saint Clair est la matrice des Sétois.

 

3 – De la nécessité de s’alimenter, les Sétois ont adopté la pêche comme activité de base et d’excellence. Et bien qu’elle ait changé, la pêche demeure et demeurera la source intangible de l’apport de la nature à l’homme. La pêche est dans la formule génétique de Sète.

 

4 – De la volonté de gagner en influence, les Sétois ont utilisé la mer pour commercer. Ils ont appris des Phéniciens les principes du commerce maritime et développé les échanges en Méditerranée. Le commerce maritime est la première conquête des Sétois dans leur ouverture au monde.

 

5 – De leur orgueil de préserver leurs acquis en affirmant leur force, à l’instar de ces tournois sur terre qui glorifient les vainqueurs devant un parterre de chevaliers, ils ont imaginé un tournoi original, sur l’eau où seul le vainqueur, parce qu’il aura résisté aux assauts des plus forts et des plus habiles, apparaîtra sec –  je veux dire, non mouillé     pour recevoir son trophée. Les joutes célèbrent le mariage de la terre et de l’eau.

 

6 –  De leurs ascendances continentales et méditerranéennes, ils ont créé les recettes adaptées à leur vie quotidienne et le plat traditionnel du dimanche issu des traditions populaires italiennes. La tielle a pris la place de la tourte de l’Aveyron et la macaronade  celle de la poule au pot d’Henri IV. Rien n’arrêtera l’adaptation et la traduction de ce savoir vivre avec les apports plus récents venus de la rive sud de la Méditerranée. La gastronomie locale s’inscrit sous le sceau de l’immigration.

 

7 –   Enfin de leur identité locale, ils ont créé la représentation originale rattachée à ces racines qu’ils portent comme une couronne : l’expression artistique. Ils arborent quelques figures de proue, dans la poésie, la chanson à texte ou l’expression libre qui affirment leur origine sétoise et que chacun reconnaît comme des Sétois. Et même si chacun d’eux est allé puiser ailleurs, là où il devait épanouir ses dons, de nouvelles sources d’inspiration, les figures sétoises de l’art et de la poésie ont imprimé à jamais la marque d’une ville de création.

 

Au terme de ce strict inventaire génétique de Sète et des Sétois, j’entends évidemment tous ceux qui s’étonneront de ne pas y retrouver l’industrie touristique qui devrait fonder notre avenir économique et sociologique.

 

C’est qu’il ne figure pas, à mes yeux, dans l’atavisme local bien que tous les éléments soient rassemblés pour qu’il y trouve sa place.

 

Chacune des qualités qui font l’originalité de Sète concourt à faire du tourisme la base des efforts à accomplir pour permettre aux Sétois d’ajouter une corde à leur arc : situation géographique, traditions populaires, ouverture sur le monde, assimilation des cultures, tout concourt à faire de Sète, pour autant que les Sétois le veuillent, le centre du rayonnement touristique de leur région.

 

On comprendrait mal que le Languedoc-Roussillon se prive d’une telle chance.