25/03/2013

SETE ET L’ART CONTEMPORAIN

La politique culturelle d’une ville ne saurait se satisfaire des seules manifestations estivales. Bien sûr, elles sont indispensables, essentiellement pour capter des touristes désireux de profiter de leurs vacances afin de découvrir des domaines dont ils ne sont pas familiers le reste de l’année. Mais elles ne sont pas suffisantes. Et surtout, rien de culturel ne peut persister sans lien avec les autres collectivités territoriales et l’Etat. C’est dans cet esprit que nous avions fait de Sète une scène nationale en collaboration avec l’Etat. C’est aussi dans cet esprit que nous avions créé avec le Conseil Régional le Centre Régional d’Art Contemporain.

Je l’ai initié avec la superbe exposition de Combas « La mauvaise réputation » qui nous a permis d’acheter deux oeuvres détenues par l’espace Georges Brassens: "Quand je vois Fernande" et "Le petit cheval".

Par la suite est né le MIAM. Avait-il vocation à remplacer le CRAC ? Sûrement pas. Il avait un autre objectif : faire découvrir dans le quotidien la part de l’art qui s’y cache. C'est ce qu'il a entrepris sous l'impulsion de Di Rosa.

Mais la société a évolué tandis que le CRAC continuait à suivre la politique mise en œuvre à sa création sans considérer la marche du temps. Que l’on ne se méprenne pas. Mes propos ne sont empreints d’aucune critique personnelle. Ils reflètent simplement une réalité qu’il convient de prendre en considération.

Et d’ailleurs dans le même temps, le MIAM, pour d’autres raisons, se figeait également dans un espace de création sans doute difficilement renouvelable. C’est cette convergence de destin vers l’indifférence qui doit nous conduire à nous interroger sur les fondements et l’évolution de l’art contemporain.

Car l’art doit nécessairement tenir compte de la marche du temps.

L’art contemporain n’est pas né de rien. Il s’inscrit dans une perspective qui permet de comprendre comment les impressionnistes ont abordé le virage de la suggestion dans l’univers de la  représentation, pourquoi Monet est le père de l’art dit « abstrait », où se situe la photographie, puis la Vidéo, dans le vaste univers de la saisie de l’image, quelle est l’influence des mouvements de pensée dans le monde de l’art, en particulier des surréalistes, la place de Marcel Duchamp, celle de Soulages, l’influence du mouvement « Support/Surface » et de la « Figuration Libre ». C’est dire que le CRAC doit impérativement avoir, pour retrouver sa place dans le dispositif mis au service des amateurs d’art, une mission pédagogique en corrélation avec son site et son histoire.

C’est ce qui m’a amené à réfléchir à sa nécessaire évolution.

Le CRAC doit trouver ses racines dans les écoles de Sète et de Montpellier qui, depuis près d’un siècle, ont façonné l’expression artistique du Languedoc-Roussillon.

Impossible de faire l’impasse sur Desnoyer, Seguin,Calvet, Couderc, Sarthou, Dezeuze, Bioulès, Viala, Champieux, Rouzaud, Fournel, Pradalié, Combas, Di Rosa, Cervéra, Le Bail, Routier, Francelli et tant d’autres !

C’est sur le fondement de leurs œuvres qu’il faut repenser l’avenir du CRAC, non seulement en constituant une collection permettant de saisir l’évolution de l’expression artistique issue de ces écoles mais surtout en recherchant, à partir de là, les expositions susceptibles d’offrir au Languedoc-Roussillon les voies d’un rayonnement culturel contemporain.

Gageons que le renouveau fera des visiteurs du nouveau CRAC, les acteurs des nouvelles expositions.

Je ne crois pas à l’art de salon confiné dans un milieu d’experts, et en cela je comprends les objectifs du MIAM. Mais ne faudrait-il pas établir un lien entre ces deux structures qui cherchent toutes deux à drainer le public vers l’art d’aujourd’hui ?

J’ai été Président du FRAC Languedoc-Roussillon et j’ai vu tous les excès dont l’institution était capable. Sans la rejeter, je pense qu’elle a tendance à s’éloigner des populations et à vivre entre initiés sans prendre garde à la désaffection du public, un peu comme au théâtre ou au cinéma lorsqu’on oublie que le public vient s’y distraire, éprouver des sentiments et communier avec des personnages.

Etablir un lien entre les passé et le présent, entre les initiés et le grand public, c’est sans doute le défi que nous devrons relever pour que Sète réponde à sa vocation de terre des artistes.