08/09/2014

LES AVATARS DU VICE-ROI - 5 - 2

2ème épisode : Le déclin

Le père du vice-roi avait toujours proclamé que, quelque soit l’homme qui incarnerait la fonction de Président de la Fédération des Républiques et Principautés, il n’y aurait pas d’autre issue que la soumission ou le conflit ouvert avec cette organisation, si elle venait à prendre en mains l’établissement portuaire.

Le vice-roi, sans tenir compte de cet avertissement plein de bon sens, et séduit par les promesses de gros investissements, était passé outre et avait laissé la main au Préferprime avant de lui abandonner la propriété du port dans les conditions que l’on sait. Le vice-roi, par sottise, par paresse et par lâcheté, en sacrifiant l’avenir de la Principauté, avait signé l'arrêt de mort de son territoire, sans que personne ou presque n’élève la voix pour contrarier le plan dressé par le Préferprime et le Terne qui n’avaient d’autre ambition que la satisfaction de leur propre pouvoir.

On engloutit cependant dans l’eau le prix du silence : des centaines de millions d’euros.

Mais aucun trafic nouveau n’apparut pour autant. Le port, à l’exception de quelques épaves, était désespérément vide et une multitude de rats envahissait les quais et bientôt les rues.

Faute de vision, rien n’avait été fait pour reconvertir l’activité portuaire et c’est toute l’activité de la Principauté qui s’effondrait sans aucune planche de salut. On en avait vu les prémices à l’occasion d’une grande manifestation nautique qui avait réuni certains des plus grands voiliers du monde et qui n’avait pas apporté, faute de capacité d’accueil, les retombées que l’on aurait dû pouvoir en attendre. Les participants, déçus avaient décidé, pour les éditions à venir, de changer de lieu de rendez-vous et de s’assurer, sur un nouveau site, de conditions plus adaptées. Mais personne ne sut tirer les leçons de cette expérience.

Très vite, le commerce local en subit les conséquences. Car la Principauté ne pouvait vivre que sur les apports extérieurs créés par son activité portuaire. A défaut de bateaux, point d’activité, point de clients et les « baissés de rideaux » succédèrent aux fermetures d’entreprises.

Tout ce qui était à craindre de la perte d’autonomie de la Principauté et de la remise des clefs à des étrangers incompétents, bien que fortunés, arriva rapidement, condamnant la Principauté à servir de simple appoint territorial aux ambitions du Terne.

Le vice-roi avait déjà commis dans le passé l’immense sottise de défigurer les quartiers les plus touristiques et les plus prometteurs de la Principauté en favorisant la construction de bâtiments ressemblant à s’y méprendre à des sortes de casernes édifiées en bord de mer pour régler dans l’urgence des problèmes de logements destinés à des familles déplacées.

Ces logements, demeurés vides fautes d’acquéreurs, furent alors réquisitionnés par le Terne pour loger justement tous ces gens qu’il ne savait pas ou placer.

Et la Principauté devint ainsi la terre d’asile de la Fédération des Républiques et Principautés de la Méditerranée en débarrassant le Terne du problème, insoluble pour lui, posé par les migrants de plus en plus nombreux en provenance de pays en guerre ou sous-développés.

Privés d’emplois et de débouchés, tous ces gens, logés à la va-vite et n’importe comment, firent augmenter la délinquance dans des proportions jusque là inconnues qui inquiétèrent les autorités mais les laissèrent totalement démunies en raison des moyens à mettre en œuvre pour l’éradiquer.

Une Principauté lumineuse et calme, était devenue en quelques mois un territoire où s’affrontaient des bandes de voleurs.

Ceux qui, en d’autres temps, avaient été séduits par le site enchanteur qu’ils avaient découvert, s’empressèrent de chercher à se débarrasser de leurs biens. Sauf que, faute d’acheteurs, il devenait de plus en plus difficile de vendre. Le marché immobilier s’effondrait, entraînant à sa suite l’effondrement des entreprises de bâtiment et des commerces de matériaux de construction.

Tous les secteurs de l’économie étaient touchés. Mais pas seulement. L’Intolérable qui était redevenu, comme par le passé, l’exécuteur des basses œuvres – on ne change pas sa nature – décida de l’épuration pour démontrer, comme il l’avait toujours fait, sa totale sujétion à son maître.

Il s’en prit non seulement à l’administration de la Principauté mais aussi à celle de la petite fédération que le vice-roi continuait à présider. Tous ceux qui, à un moment ou à un autre, avaient pu manifester de la sympathie, même lointaine pour l’adversaire privilégié – parce qu’il lui rappelait son père – du vice-roi pendant sa campagne pour le gouvernorat, étaient traqués, harcelés et sanctionnés, même parfois lorsque c’était possible, purement et simplement licenciés.

Il s’assura aussi de l’appui des adversaires complaisants du vice-roi en ayant des égards pour l’épouse de l’un d’eux qui fut placée à un poste de responsabilité de la Principauté, distribua à un autre des autorisations d’exercer le commerce sur la voie publique, fit jouer ses réseaux occultes en faveur d’un troisième qui avait mal tourné et « arrosa » abondamment les organisations syndicales à la solde d’un autre afin que chacun sache bien qu’il était aux commandes et qu’il n’y avait pas de contestation possible.

L’Intolérable n’avait pas appris dans les livres. Sa culture se limitait à son expérience de la rue et des boîtes de nuit. Il ne savait pas ce qu’était « La Terreur » et n’avait pas lu le « Quatre-vingt treize » de Victor Hugo mais il avait ce don pervers de réinventer les épisodes les plus sinistres de l’Histoire pour les faire revivre à sa façon et à son échelle.

Il put ainsi, à l’abri du Terne, bénéficier d’une paix royale…

Cependant cette mise au pas des administrations et des récalcitrants n’améliorait évidemment pas la situation économique de la Principauté.

L’attitude de petit chef borné, agent d’exécution du vice-roi et du Terne, eut même des effets dévastateurs. Car les agents de l’administration, craignant plus que tout dans ce contexte de se faire remarquer, employèrent tous les stratagèmes pour se rendre sinon invisibles, du moins le plus transparents possible.

Les services publics se détériorèrent, et en premier lieu celui de la propreté, sans que l’Intolérable pût remédier à cette grève du zèle qui pourrissait tout.

Le médecin de charme affûta sa vengeance en délivrant, par certificats sur certificats, des arrêts de travail de complaisance qui paralysaient les services en diminuant les effectifs de plus de la moitié.

Bref, rien ne fonctionnait plus dans la Principauté ni dans la petite fédération sans qu’aucun haut responsable n’y prît vraiment garde. La Principauté n’était pour le Terne qu’un déversoir, le vice-roi vivait dans le stupre et le Préferprime ne savait que faire, après avoir dépensé tant d’argent, pour rentabiliser ce port qui avait été l‘objet de toutes ses convoitises et qui se révélait si décevant.

Alors, il ne faisait rien.

Mais ici comme ailleurs, c’est lorsqu’il se trouve dépossédé de ses droits et de ses biens et que tout est paralysé, que le peuple se réveille. Et le peuple de la Principauté avait démontré dans le passé sa capacité à regimber et à se rebeller.

La protestation populaire prit la forme d’actions musclées à propos des manquements les plus visibles du pouvoir local. On déversa des monceaux de poubelles et des tonnes de poissons avariés devant les établissements publics et sur les chaussées. Les trottoirs étaient jonchés de déchets et l’odeur devint pestilentielle et insupportable. Les rats furent les seuls à trouver de l’intérêt à la situation et ne se cachèrent même plus pour participer au banquet.

En même temps des milices se constituèrent pour régler leur compte aux bandes de voleurs qui sévissaient dans les quartiers.

L’anarchie se propageait laissant le pouvoir atone.

La désillusion, la faillite, le désordre et l’insécurité aboutirent à un chaos insurmontable.

On n’entrevoyait pas de solution et on raillait ceux qui espéraient encore un miracle d’une nouvelle démocratie. Chacun sait bien que « l’Histoire ne repasse pas les plats ». Le peuple de la Principauté avait eu sa chance et ne l’avait pas saisie. Il devrait donc, lui aussi, souffrir et trouver en lui-même un remède. La solution ne viendrait pas d’ailleurs.

Il fallait cependant continuer à croire que la Principauté pouvait le receler.

 A suivre Chapitre VI :APOCALYPSE

00:04 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Pour amuser et occuper les petites gens le preferprime avait même inventé "le parlement de la mer".
A grands coups de communication avec un "sens inédit" et moultes banquets il avait réuni tous les gens concernés(certains mêmes se demandaient ce qu'ils faisaient là!!)les avait fait travailler par commissions...ateliers...mais depuis plusieurs mois: PLUS RIEN...si ce n'est quelques vagues informations sur MONDIANET...un nouveau système d'informations mêlant pigeons,fumées et signaux divers venant d'une confrérie étrangère dénommée "bigbrother"...
A part quelques informations sur la fête de la ST LOUIS et de l huitre à BOUZIGUES...plus rien de rien...Envolées les promesses de concertation,de stratégies,d'alliances,d'emploi...
Alors les petites gens pensaient,une fois de plus,qu on les avait cocufié...d'autant que dans le même temps le Marquis de COUGNARD,véritable raspoutine en son donjon de MONTPAYE,écrivait dans le journal...que les Sétois pouvaient aller se faire raser avec leur station biologique...et ce sans la moindre déclaration de DEDE LE COSTAUD des tintaines et de la saoule...Il est vrai que ce dernier avait tellement obtenu de prébendes qu'il lui était difficile de cracher dans la soupe qui allait lui permettre d'obtenir enfin une petite pension..et se retirer en ses annexes de MONT LE BAZIN..
Mais le peuple râlait,le peuple souffrait et certains commençaient à souhaiter un rapide rapprochement avec le COMTE DE TOULOUSE et ce meme s'ils donnaient le change le temps d'une élection transitoire car en réalité ils avaient donné des assurances à MANU DEL VALLS trés pressé d'en FINIR avec cette médiocratie encore incarnée par le futur-ex prince de NAVARRE-HAUT!!!

Écrit par : oxygene | 09/09/2014

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