31/08/2014

LES AVATARS DU VICE-ROI - 4 - 3

Chapitre IV : LOIN DE LA PRINCIPAUTÉ

3 ème épisode : Un marché de dupes

Et tout d’abord, il n’était pas question de faire capoter la fusion essentielle non seulement pour la paresse du gouverneur mais surtout pour la tranquillité et l’avenir de l’Intolérable. Il fit donc ratifier le traité par son maître et le fit remettre au Terne en mains propres en le priant d’attendre un peu avant de le rendre public.

Cet embargo arrangeait d’autant mieux les affaires du Terne qu’il devait, de son côté, prendre ses dispositions à l’égard du Préferprime.

L’Intolérable ne prit même pas l’attache du Grippé qui se révélait inapte au combat. Il décida de régler cette affaire tout seul et appela d’abord le ministre du logement des pauvres. Il n’était pas le plus difficile à convaincre. Il convenait simplement d’éviter ses colères qui se manifestaient souvent comme des crises de démence. Le ministre pouvait alors cracher, écumer, hurler et devenir violent. Il avait, dans le passé, fait montre de symptômes inquiétants qui lui avaient valu condamnations et interdictions qu’il ne s’agissait pas de réveiller à cette occasion.

 -         Allo, M. le Ministre

-         Bonjour, Cher ami.

-         M. le Ministre, vous devinez mon embarras dans l’affaire qui nous préoccupe. Et j’ai estimé de mon devoir de vous proposer une solution qui pourrait vous convenir.

-         Sans doute, pas facile, mais dites toujours !

-         Voilà. Vous savez que l’avenir de la Principauté ne peut être envisagé que dans une union étroite avec notre voisin le plus puissant. La presse soutient ce projet sans restriction. Tout le monde est d’accord. Il y va de l’intérêt général.

-         Bon et alors ? Quelle serait ma place dans ce dispositif ?

-        Bravo ! C’est bien d ‘aller droit au but. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le Gouverneur a pour vous, vous le savez, une profonde estime et souhaite que vos mérites soient reconnus. Il tient à honorer la promesse sincère qu’il vous avait faite. Il est donc en train de prévoir avec notre voisin les conditions de votre assimilation à la gouvernance de la nouvelle structure.

-    A la bonne heure ! Mais vous savez : c’est très simple. Il suffirait pour cela que je lui succède comme prévu en tant que gouverneur…

-         Ce serait en effet le plus simple. Mais c’est impossible car le statut de la nouvelle entité a pour objet d’associer la Principauté au royaume et interdit par conséquent d’envisager une succession dans laquelle le choix serait limité aux personnalités élues de la Principauté. Toute succession devrait prendre en compte le cadre juridique de la nouvelle entité. C’est pourquoi notre voisin, pour ne pas créer d’obstacle à notre projet, a expressément demandé au Gouverneur de conserver son poste qui justifie l’indépendance de la Principauté dans cette fusion.

-         Un simulacre qui n’abusera que les gogos !

-   Je reconnais bien là votre acuité d’esprit et votre sens de l’humour, M. le Ministre !

-         Bref, ma place ?

-    Le Gouverneur propose de vous assurer dans la fusion un rôle d’intendant, éminemment lucratif et très honorifique dans le cadre élargi.

-         Il me faudrait des garanties !

- Le Gouverneur est disposé à signer votre décret de nomination avant la fusion, c’est-à-dire dès à présent, si vous êtes d’accord.

-         Bon, mais que faites-vous pour qui vous savez ?

-    Vous n’y pensez pas, M. le Ministre, il n’est pas de votre niveau !

-         Arrêtez ! Vous en faites un peu trop ! Mais j’attends la suite et j’aviserai.

-         Merci M. le Ministre.

L’Intolérable n’était pas mécontent de lui. Ce n’était pas gagné mais c’était en bonne voie. Il devait maintenant appeler le médecin de charme et rééditer la performance. Au grand jeu de l’hypocrisie, il n’avait pas de rival à sa taille.

-         Allo, M. le Ministre ?

-         Eh, bonjour, comment vas-tu ?

-     Très bien M. le Ministre et j’espère être porteur de bonnes nouvelles

-         Pas possible ! J’ai quand même quelques doutes. Tu sais, je n’ai pas digéré le mauvais coup qu’on vient de me faire. Déjà que je n’ai jamais eu confiance dans ce type, je m’aperçois que j’aurais dû me méfier de mon premier mouvement. Talleyrand avait raison ! C’était le bon !

-     Erreur, M. le Ministre ! Le Gouverneur n’a jamais été aussi près de vous et autant disposé à respecter ses engagements, aussi difficile que cela puisse être.

-         Alors, voyons ça !

-     Vous savez que la fusion oblige le Gouverneur à rester en poste pour des raisons juridiques que vous connaissez aussi bien que moi. Je sais que vous êtes au fait de tout cela. Mais le Gouverneur a pris une précaution. Il a prévu dans le traité « la fusion de la Principauté et de ses annexes ». Ça veut dire le port dont la Fédération n'est toujours pas propriétaire, grâce à Dieu !

-         Tu veux dire, grâce au Vieux !

-        Ha, Ha, Ha ! Très drôle, Vous ne croyez pas si bien dire. Le gouverneur a l’intention, si vous y consentez bien sûr, de vous nommer dès à présent, Président du Port, ce qui équivaudra, la fusion réalisée, de faire de vous le premier personnage maritime de la nouvelle structure. Au fond, c’est l’essentiel !

-         Pas mal ! Vous avez l’air de vous en sortir pour moi. Et pour l’autre ?

-  Comment pouvez-vous imaginer que c’est le souci du Gouverneur. C’est à vous qu’il pense et seulement à vous. L’autre est un simple intendant du logement des pauvres. Il le restera !

-         On verra bien ! J’attends le décret de nomination.

L’Intolérable raccrocha avec le sourire aux lèvres. On allait évidemment faire un décret de nomination qui ne serait utilisé qu’après la fusion. L’affaire était dans le sac des deux côtés.

Le Gouverneur signa les deux décrets que l’Intolérable décida de conserver jusqu’à l'accomplissement des formalités de fusion mais qu’il s’empressa de montrer aux deux intéressés.

Il n’en fallut pas plus pour convaincre ces deux grands serviteurs du régime à apporter tout leur soutien à la disparition de la Principauté, programmée par le Gouverneur depuis son élection démocratique.

L’Intolérable venait de gagner à la cause de son maître ceux qui étaient devenus par la seule faute du Gouverneur ses adversaires les plus déterminés. 

Mais encore fallait-il que ça dure, au moins jusqu’à la fusion. Et, pour cela, aucun écart n’était permis. Il fallait d’abord empêcher le Gouverneur de s’exprimer – il était capable de tout faire foirer –, accélérer le tempo du Terne et tenir le Préferprime à distance car l’affaire du port était vaseuse et risquait, mal conduite, de faire des remous. 

En résumé, la situation se présentait de la façon suivante :

-        Le Terne devait pouvoir se prévaloir de l’annexion de la Principauté. Ce serait chose faite. Mais il n’aurait jamais le port qui n’était pas une annexe de la principauté mais une entité à part entière gérée par le Préferprime.

-         Le ministre du logement des pauvres ne serait jamais intendant car le décret du gouverneur serait sans valeur au lendemain de la fusion et jamais le Terne ne le nommerait à cette fonction non seulement parce qu’il était malhonnête – il y en a d’autres – mais parce qu’il voudrait conserver la main sur ce secteur stratégique.

-   Le médecin de charme ne serait évidemment jamais Président du Port, poste qui dépendait du seul Préferprime qui ne le déléguerait jamais.

-       Le Préferprime allait récupérer la propriété du port dont le Terne se trouverait floué

-         Et le Pair-Gouverneur allait pouvoir continuer à mener confortablement, aux frais de la Princesse, une vie de paresse et de plaisirs.

Quant à l’Intolérable, il allait être définitivement fâché avec les deux ministres, ce dont il se moquait éperdument, mais il allait surtout étendre son influence non seulement auprès du Terne qui digèrerait facilement une légère déconvenue dont l’Intolérable ne pourrait être tenu pour responsable, mais aussi et surtout auprès du Préferprime, source de tous les pouvoirs réels.

A suivre : Chapitre V - Le Naufrage

07:56 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cette manoeuvre de l 'intolérable était le signe du niveau médiocre qui régnait à la cour de la principauté..
Au milieu de ce cloaque l'intolérable ne forçait pas trop pour arriver à ses fins.."Au royaume des aveugles le borgne est ROI!!"disait le bon vieux dicton populaire...d'autant qu'au cours du 1er Mandat du VICE ROI l'intolérable avait,après moultes manoeuvres,fait chasser du Palais le 1er VICE ROI,Robert le Bon,Seul en mesure de comprendre...et donc de gêner!!!
Il fallait surtout, et, il y avait même URGENCE éloigner le VICE ROI de la cité.
En effet ce dernier traînait de plus en plus la nuit en des lieux "interlopes" en présence de très curieuses créatures...particulièrement chez MUMU auberge de nuit bien connue...dans les quartiers du Port.
Parfois passablement aviné il déblatérait tout et n'importe quoi...jusqu'au petit jour et ce au grand courroux de l'intolérable qui pourtant lui même n'était pas exempt de nombreux dérapages en ce domaine...(il avait même failli perdre une jambe sur un chemin du bord de mer. Si les soldats du ViceRoi ne l'avaient pas exfiltré il aurait même pu avoir à justifier de son état devant les autorités !!)
Quant au Vice roi beaucoup le voyaient rentrer au petit matin hagard...et les commentaires fiéleux s'amplifiaient... Il fallait en sortir vite!!!

Écrit par : oxygene | 01/09/2014

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