22/08/2014

LES AVATARS DU VICE-ROI - 4 - 1

CHAPITRE IV : LOIN DE LA PRINCIPAUTÉ

1er épisode : Les délices de Capoue

Il ne fallut pas longtemps au gouverneur pour se soucier de la Principauté comme d’une guigne. La vie qu’il menait au Palais lui offrait plus qu’il ne l’avait jamais imaginé. Non seulement, il était entièrement pris en charge par l’administration du Palais qui traitait les Pairs comme des seigneurs de l’ancien régime mais il pouvait aussi, grâce à l’indemnité princière qui lui était attribuée sans contrepartie, mener grand train, à l’instar de ces grands bourgeois du milieu du XIXème siècle dépeints par Meilhac et Halévy sur la musique d’Offenbach.

A son tour, il pouvait chanter : « Je m’en suis foutu jusque là «  et croire encore pouvoir séduire « La grande duchesse de Gerolstein » sans crainte du « qu’en dira-t-on ». L’Intolérable était là pour veiller à la confidentialité de ses frasques.

La vie au Palais se déroulait sans accroc et sans heurt. Bien que le gouverneur, conformément à l’usage des lieux, ait été associé à divers groupes de travail et commissions, personne ne lui demandait jamais rien. Il était un parfait inconnu. Tout juste quelques initiés se rappelaient-ils son nom en évoquant entre eux l’étrange comportement de leur nouveau collègue davantage attiré par la buvette du Palais où il avait déjà acquis une solide réputation de buveur et par toutes les aventures faciles qu’il convoitait avec ostentation, plutôt que par son assiduité aux réunions de groupe. Mais, à part pour le petit personnel qui l’avait vite catalogué, on ne faisait de lui aucun cas. Il était évanescent pour ceux qui l’apercevaient et transparent pour les autres.

Notre Pair-gouverneur ne prenait jamais la parole ni en séance ni en commission. Il n’étudiait ni ne connaissait aucun dossier. Il n’avait donc rien à dire et il se moquait bien d’être le plus mal classé de tous les Pairs tant au titre de son assiduité qu’à celui de son efficacité. Tous ces travaux sur lesquels les Pairs péroraient avec emphase ne l’intéressaient pas. Il n’en attendait rien. Il n’avait aucune autre ambition que celle de profiter du statut qui lui était généreusement accordé et il se tenait à l’écart des intrigues menées par les uns et les autres pour flirter de plus près avec le vrai pouvoir.

Ainsi s’était-il tenu loin des soubresauts provoqués par l’élection du Président de la Chambre des Pairs. Poste convoité entre tous, il avait fait l’objet d’une vive compétition entre trois prétendants, tous trois caciques du système, dont aucun ne manquait d’argument pour y accéder. L’un parce qu’il était techniquement – et de loin – le  meilleur financier, l’autre parce qu’il avait déjà exercé la fonction, enfin le troisième, qui devait l’emporter, parce qu’il avait été chef du gouvernement une bonne dizaine d’années plus tôt.

Le gouverneur suivait aveuglément les prescriptions de l’Intolérable et de son maître à penser eurocrate qui lui avaient tout deux recommandé la discrétion. Les deux compères avaient depuis longtemps jaugé leur élève et ne se faisaient aucune illusion sur ses capacités. Il fallait donc seulement éviter un scandale toujours possible avec un tel  personnage qui se laissait le plus souvent guider par ses envies du moment que par sa raison.

Ils l’avaient amené là où eux – du moins l’Intolérable voulait être – pour préparer son propre avenir. Il ne s’agissait surtout pas de ruiner leurs efforts en laissant ce jouisseur les entraîner dans un scandale plus glauque encore que celui du Sofitel de New York.

Le gouverneur était donc en liberté surveillée. L’Intolérable avait déniché à son intention, pas loin du Palais Médicis, un petit appartement qu’un fournisseur habituel de la Principauté avait accepté de prendre en location pour y installer la garçonnière du Pair-Gouverneur. Comme il n’avait pas d’autre garde du corps que ses deux mentors-pygmalion, il n’avait besoin ni de scooter ni de casque ni de déguisement pour se rendre à pied du Palais jusque là.

Se rappelant les goûts exotiques de l’ex vice-roi, l’Intolérable avait recherché auprès de tous les professionnels- il y en a beaucoup dans les grandes capitales – les jeunes femmes susceptibles de satisfaire les goûts du gouverneur, peu regardantes sur l’esthétique  et peu curieuses sur les activités de leurs clients à condition d’être bien rémunérées.

Il lui avait trouvé deux perles rares, l’une originaire de Fès où l’ou trouve réunies noblesses, distinction et discrétion et l’autre de Bamako où l’on se vante de la beauté des femmes-Peuls connues pour la douceur de leur peau et la délicatesse de leurs traits.

En les voyant l’Eurocrate n’avait pu s’empêcher de penser tout haut « Margaritas ante porcos », sans éprouver le besoin de traduire à l’attention de l’Intolérable dont il savait qu’il espérait bien participer à bon compte aux orgies de son gouverneur et dont il se méfiait assez par ailleurs pour limiter sa confiance au strict nécessaire.

Les rendez-vous galants du gouverneur n’étaient pas du type que l’on pouvait s’imaginer. Le gouverneur avait des pulsions mais son avachissement physique le privait de leur accomplissement naturel.

Dans la Principauté déjà, on le disait prompt à s’enflammer et rétif à l’action. On l’avait souvent surpris à se montrer entreprenant avec certaines de ses ministres. On l’avait même surpris à les caresser en catimini mais on n’avait jamais prétendu qu’il eût de liaison avec aucune d’entre elles. Les mauvaises langues ne manquaient pas de prétendre qu’il était incapable, comme pour tout ce qu’il entreprenait, d’aller plus loin qu’une déclaration d’intention.

Ce ne sont pas les deux filles choisies par l’Intolérable qui s’en plaindraient. L’argent qu’elles recevaient était plus le prix de leur silence que celui de leurs services.

La vie pouvait donc se dérouler paisiblement entre la garçonnière et le Palais sans que rien ne vînt troubler les dispositions prises par l’Intolérable.

 A suivre : 2ème épisode : Diviser pour régner

 

22:30 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Oui la vie se déroulait paisiblement....
Néanmoins dans le siège de la principauté singulière et capitale de ces lieux magnifiques les choses n'allaient pas toujours aussi bien!!!
En effet le vice-roi pendant les joutes électorales avait beaucoup promis....
Etait venu maintenant le temps des promesses à tenir!!!exercice plus délicat surtout en matière de personnel ou le vice-roi n'avait toujours pas compris ce qu'était un statut,des droits...
Pour cela il s'était d'abord séparé de son Chant-bêlant général,trop à l'écoute des petites gens...et avait choisi un autre Chant-bêlant à la réputation bien établie:Grosso modo...un fonctionnaire qui n'aime ni les fonctionnaires ni le Service Public...mais qui mobilise pour lui seul trois agents!!!
Seulement voilà...ce nouveau chant-bêlant était plutôt formé aux gentilles principautés de la côte...et découvrait la singulière un peu effaré!!
Il avait déjà essuyé des menaces de petites gens qui attendaient leur titularisation...et s'en ouvrant à la cour il s'était senti bien seul!!!
Les arrêts de travail pleuvaient,Un cadre superieur de valeur avait même anticipé sa retraite...tant son moral était atteint et sa réprobation intérieure secrète mais grande!!!
Enfin il fallait dégraisser les services en utilisant l'aubaine de la Fédération...c'était la tâche principale assignée au nouveau chant-bêlant...il était aidé en cela par une CBadjointe...toujours prête pour ce genre de besogne...elle était même arrivée à cumuler sa fonction avec celle de l'ambassade grd rue Mario roustan et donc bien sûr le salaire tout en bénéficiant aussi de congés exceptionnels donnés aux personnes des colonies du royaume...un tel dévouement avait été remarqué et il méritait récompense!!
Il subsistait un sujet épineux:Que faire du Chant-Bêlant des Services Techniques?
Ce dernier malgré son applatissement général avait déplu au VICE ROI et à d'autres..Il est vrai qu'il n'avait aucune compétence managériale et que des suspicions d'harcèlement existaient dans ses services du Quai des moulins...
Il était prêt à tout pour conserver sa prébende(déjà sous la Gauche...il avait rejoint la Chambre Française du Travail-CFDT avant d'en trahir le responsable lorsque la Droite fut revenue!!)
On réflechissait en haut lieu à son devenir...sans doute un exil vers le NOOOORD de la principauté.
Les agents du Quai des moulins attendaient ça avec impatience(même les plus proches!!même les ex-amoureuses secrètes...)car ils n'en pouvaient plus d'un chef aussi couard et hypocrite!!
Pendant ce temps le VICE ROI participait tel un belphégor de sortie aux agapes locales de la SAINT LOUIS où le préfet venait d'essayer de remettre de l ordre tant les avinés y étaient de plus en plus nombreux et dangereux.
C'était comme ça en cette belle île singulière comme presque partout dans le royaume:prébendes,tricheries,médiocrité...finalement une DECADENCE très dangereuse..on chantait,on buvait,on dansait...mais le PEUPLE DE THAU lui ne s'en sortait plus et le pire était devant lui!!

Écrit par : oxygene | 24/08/2014

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