18/08/2014

LES AVATARS DU VICE-ROI - 3

Chapitre 3 : L'échappée Belle

2ème épisode : En route vers le palais Médicis

La population était anesthésiée. Même si elle se débattait, sans grand succès, pour vaincre les difficultés quotidiennes, elle n’empêchait pas le gouverneur de s’engager dans l’unique projet qui lui tenait à cœur : retrouver, grâce à la démocratie dont il était à présent le champion, le confort et l’opulence dont il avait hérité à sa naissance. Car son élection à la fonction de gouverneur était loin de lui offrir les avantages dont il jouissait auparavant. Certes la petite fédération, prestement constituée, l’assurait de quelques prébendes mais il était surveillé dans cette fonction par ceux-là même à qui il avait donné des gages et qui voulaient s’assurer qu’il ne se servait pas trop à leur détriment. Il visait donc plus haut, plus loin et plus fort.

De fait, il visait un double objectif : être encore plus riche, ce qui constituait sa préoccupation première et prendre sa revanche sur le passé qu’il traînait comme un boulet. Le gouverneur savait bien qu’il était faible, velléitaire et intellectuellement limité. Ses difficultés à s’exprimer clairement n’étaient que la manifestation de ses hésitations, de ses lâchetés et de son incapacité à prendre une décision. Et lorsqu’on évoquait, au détour d’une conversation la forte personnalité de son père, il aurait donné n’importe quoi pour que l’on efface à jamais la mémoire paternelle de l’histoire de la Principauté. Mais les actions de son père revenaient comme un leitmotiv réduisant à néant son espoir d’exister aux yeux de ses contemporains et, à plus forte raison, pour la postérité.

Le gouverneur misait donc sur le nouveau régime et sur sa capacité à se faire élire à la Chambre des Pairs sinon pour effacer le lustre de son père, du moins pour lui donner, à lui, cet instant de gloire qu’il n’avait jamais connu.

Il devait donc impérativement réussir son opération et, pour cela, user de tous les stratagèmes qui pourraient le conduire aux frontières du pouvoir.

Une fois de plus, l’intolérable fut considéré comme l’homme de la situation. Dans le schéma politique qu’on lui avait construit, le gouverneur apparaissait comme un conservateur sans nuance. Cette posture simple lui permettait de « rafler la mise à droite » en réunissant les petits hobereaux de son camp en panne de leader. Mais ce n’était pas suffisant dans une région marquée par un « travaillisme historique » que même l’influence néolibérale en vogue dans la vieille Europe n’avait pas réussi à infléchir. Cette région d’Europe, tenue éloignée de toute révolution industrielle et restée attachée aux délices de l’économie de cueillette, était un fossile archéologique de l’âge de bronze.

Cette particularité avait eu des conséquences politiques sur les républiques, petites ou grandes, qui formaient la région.

Les administrations en place étaient lourdes et pléthoriques, les discours compassionnels et hypocrites, les décisions démagogiques et anti économiques, et tout cela concourrait à permettre l’élection d’opportunistes sans talent, sans idées et sans projet : au fond tout ce qu’il fallait à notre gouverneur pour se mouvoir avec aisance dans cet univers du quotidien, sans autre perspective que le maintien des situations acquises.

Le gros roi son voisin était brusquement décédé, peut-être de surmenage et sans doute d’excès de toutes sortes. Un concours de médiocrité s’était engagé dans son camp entre les dauphins présumés pour lui succéder dans les diverses fonctions qu’il remplissait. Comme à l’accoutumée, les plus ternes d’entre eux avaient décroché la palme dans les deux fonctions principales : le Royaume et la Présidence de la Fédération des Républiques et Principautés Méditerranéennes, connue sous le nom de « Préferprime ».

Le nouveau roi était devenu, malgré son peu de charisme, un personnage puisant dans la région d’autant que le nouveau Préferprime était aussi incompétent qu’inconsistant, aussi versatile que désinvolte et totalement aboulique.

L’Intolérable fréquentait assidûment tout ce petit monde et servait de lien entre conservateurs et travaillistes, tous unis pour conserver leur places. C’est lui qui fut chargé d’organiser les trahisons au gré des réseaux occultes qui les réunissaient dans des conciliabules ésotériques. Et tous ces « initiés » loin de joindre leurs forces à promouvoir l’action publique qu’ils portaient cependant fièrement à la boutonnière, se complaisaient dans des complots qui n’avaient pour objet, de reniements en trahisons, que de se maintenir dans des fonctions que leurs mérites n’auraient jamais pu leur permettre de conquérir.

Pour être élu à la chambre de Pairs, les conciliabules allaient bon train. Et si les clivages traditionnels permettaient un premier tri des candidats, c’était une alchimie beaucoup plus subtile qui permettait le couronnement du vainqueur.

La Chambre des Pairs était une de ces  survivances de l’ancien régime. Il s’agissait d’honorer des notables en les faisant bénéficier d’avantages matériels extravagants nullement en rapport ni avec l’action qu’ils devaient mener ni, à plus forte raison,  avec l’utilité de leur fonction. Un observateur non averti aurait même pu penser que ces avantages étaient inversement proportionnels à leur efficacité. Car, pour tout dire, la Chambre des Pairs ne servait à rien. Mais il en allait de cette survivance comme de beaucoup d’autres. Le pouvoir de ceux qui étaient attachés à son maintien, interdisait à quiconque de programmer ou même d’envisager sa disparition. La Chambre des Pairs était donc vécue par le peuple comme un luxe ruineux, sinécure pour ceux qui y siégeaient et convoitée par ceux qui prétendaient y accéder. Ces nouveaux aristocrates qui, en raison de leur mode d’élection, ne devaient quasiment rien au suffrage universel, mais quasiment tout aux coteries, se cooptaient depuis des décennies dans des cercles où la politique côtoyait le copinage.

On devine combien l’Intolérable était à l’aise dans ces milieux que, faute d’influence réelle, le gouverneur connaissait peu. Hormis l’Intolérable, seul le maître à penser de ce dernier, homme de réseau entre tous, naviguait dans les eaux boueuses de cet affluent du pouvoir central grâce à sa nomination bien venue dans une officine européenne où les parasites se développent et se reproduisent en toute quiétude. Cet individu, pour payer une vieille dette à son bienfaiteur - lui-même, ex Préferprime, - auquel il devait sa fonction et qui protégeait aujourd’hui l’Intolérable, avait pris en main le destin de l’Intolérable et de son maître en se jurant de faire élire le gouverneur à la Chambre des Pairs. Et comme l’essentiel pour le successeur du gros Roi, que l’on appelait « Le Terne », était de liquider le « Préferprime », tout était envisageable, y compris l’élection du gouverneur si elle pouvait faire trébucher le Préferprime.

L’essentiel dans les alliances, ce n’est pas la loyauté des partenaires, c’est l’intérêt commun qui érige en ami l’ennemi d’un ennemi.

L’Intolérable guidé par son maître à penser, allait exceller dans le rapprochement de ces petits intérêts sans gloire et sans perspective, capables de propulser le gouverneur en un lieu qu’il n’aurait jamais pu atteindre sans manœuvres et sans trahisons.

Il commença par rencontrer « Le Terne », successeur du gros Roi, pour lui faire valoir, à l’instar de ce que pensait son prédécesseur, combien la principauté réunie au royaume lui apporterait d’avantages. Il sut même évoquer la « guerre du Golfe » engagée par George Bush senior  au secours du Koweït, contre l’Irak qui visait un débouché maritime chez son voisin. C’est dire qu’il ne fit l’économie d’aucun argument ou d’une référence susceptible de flatter un successeur au lustre passablement terni.

Le Terne envisageait déjà l’annexion de la principauté comme la réalisation d’un rêve de son prédécesseur et se voyait déjà régner sur un territoire digne d’une grande cité de la Grèce antique à laquelle le Gros, de son vivant, ne cessait de faire référence évoquant son Royaume à l’instar d’Athènes et du Pirée.

Ou alors il s’imaginait bien en Doge de Venise, sorte d’Enrique Dandolo des temps modernes, allant jeter chaque année dans les eaux de la Principauté pour la grande fête des marins, sa pièce d’or de 1000€ spécialement frappée pour l’occasion en signe d’alliance de son royaume et de la mer.

L’appât lancé par l’Intolérable avait été saisi sans crainte par Le Terne qui l’avait avalé tout cru.

Les affaires du gouverneur étaient classées de ce côté-là.

Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi rassurer le Préferprime. C’était plus délicat car le Préferprime n’était pas arrivé à cette fonction sans avoir utilisé les armes que s’apprêtait à fourbir l’Intolérable pour arriver à ses fins. Le Préferprime était méfiant. Et il était d’autant plus difficile de lui offrir une contrepartie qu’il estimait déjà régner sur la principauté en sa qualité de Préferprime, fonction qui lui offrait déjà la gestion des installations portuaires. Il avait même failli en obtenir la propriété mais le père du gouverneur avait résisté et s’y était toujours refusé pour conserver ce joyau dans le trésor de la principauté.

Le Terne lança ses émissaires pour que les voix qui devaient revenir au Préferprime, soient orientées sur le gouverneur.

Au même moment le gouverneur, qui n’était pas regardant sur les engagements à prendre, donna pour instruction à l’Intolérable de promettre au Préferprime la propriété du port que ce dernier convoitait.

Ce n’était pas incohérent puisqu’il avait promis au Terne de réunir la Principauté au Royaume sans mentionner l’avenir du port. Seul le Terne avait extrapolé ! Personne ne pourrait rien lui reprocher et le gouverneur voyait bien dans cette entourloupe à la fois son accession à la Chambre des Pairs et la fin de ses soucis dans cette principauté où il n’avait rien à faire et dont il n’aurait plus rien à faire dès lors qu’il pourrait s’en échapper.

Le Préferprime vit, lui aussi, l’avantage qu’il pourrait obtenir à trahir son camp en faisant élire le gouverneur à la Chambre des Pairs en faisant trébucher Le Terne. Il accepta donc l’offre de l’Intolérable et actionna lui aussi ses réseaux pour que les voix sur lesquelles pourrait compter le Terne se retrouvent sur le nom du gouverneur.

Tout était donc en place pour cette partie de bonneteau qui échappait totalement à la population, hors circuit.

L’Intolérable qui, durant son exil, avait élu domicile dans le domaine du titulaire de la Chambre des Pairs dont le gouverneur visait le siège, tenta, mais sans succès, de rallier le sortant à sa cause. C’était trop demander. L’Intolérable oublia un instant que les plus fortes haines se nourrissent dans le camp des « amis ». La précaution était d’ailleurs inutile puisque le suffrage universel s’était chargé de régler son compte au sortant en le privant de son gouvernorat local et en le renvoyant à ses chères études. Le nouveau gouverneur qui lui succédait était un aventurier sans foi ni loi. On pouvait compter sur lui pour ne faire aucun cadeau au sortant.

Ainsi paré le gouverneur était prêt à toute éventualité et bien entendu à celle de siéger à la Chambre des Pairs dans ce Palais Médicis où tant de fois l’Histoire s’était écrite mais où il ne se passait plus rien depuis longtemps.

A l’occasion de ce renouvellement de la Chambre, la présidence semblait d’ailleurs promise à un ancien chef de gouvernement qui s’était davantage illustré par ses involontaires jeux de mots que par ses capacités à gouverner le pays. Il avait, comme le gouverneur, misé toute sa carrière sur l’obtention de ce bâton de maréchal qu’il convoitait au-delà de tout pour lui offrir le faste dans lequel il pourrait s’épanouir. Il ne fallait donc rien attendre de plus.

Le scrutin se déroula un dimanche matin entre initiés. Le sortant fut battu – largement. Le gouverneur fut élu – au premier tour. Il eut le sentiment d’atteindre le nirvana.

L’Intolérable le suivit au Palais Médicis pour veiller à tout, c’est-à-dire sur rien, sinon sur la vie de délices qui s’ouvrait au gouverneur.

00:00 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Tiens tiens, un petit "hommage" à Jean-Pierre Raffarin (vers la fin).... il ne l'a pas volé.

Écrit par : izoird | 18/08/2014

Ne l oublions pas la lecture préférée du "GROS" Georges 1ER DE SEPTIMANIE était le PRINCE DE MACHIAVEL...il en faisait d'ailleurs moultes annonces à ses étudiants de DROIT...au grand drame d'étudiants idéalistes de L UNEF qui en la "AULA PLACENTINAE"fourbissaient leurs armes contre l'opportuniste et fat georges...Au milieu d'entre eux...quelques étudiants sétois "aUTOGESTIONNAIRES" n'étaient pas en reste...!!!
Quant à l intolerable et au gouverneur...ce dernier l'avait écarté avant les dernières fumisteries électorales car il fallait faire propre....Son remplacant n'était pas de son calibre...il pensait plus à quelques frasques et à éponger ses nombreuses dettes...toujours prêt pour ça à trahir malgré son education HUGUENOTE!!!
Donc le gouverneur limité ,sauf en certains domaines festifs,du refaire appel à l intolérable qui d'ailleurs du tout d'abord imposer une certaine hygiene de vie au gouverneur qu'il avait bien connu en l ILE DES LOISIRS et au cosmos du cap d'agde...en compagnie de futurs clients comme JACK Bardenui habitué des redressements fiscaux sur ses nombreuses auberges et estaminets...
En voici un bel equipage arrimé au TERNE...lui même en grandes difficultés avec la justice du royaume et surtout avec son cercle d origine désireux d'en finir avec lui et son ex ami ROBBY importateur de tartes en provenance d ITALIE...dénommées PIZZAS...D'autant que le seigneur de la MOURE avait TOUT PERDU au bénéfice de RELSEAU...qui connaissait par coeur tous les errements de cette funeste compagnie...et bien sûr,dont il avait largement informé,son ami Manuel en poste de Gouverneur général du royaume...et qui se présentait comme MR PROPRE!!!
En l ILE SINGULIERE ,le jeune affidé LENAJA rampait aussi...aprés avoir tué ce pauvre joueur de soule et de tournois nautiques ...Dédé de la pointe de MONTBAZIN qui se savait perdu...déjà son conseiller privé avait rejoint en BALARUC ,cité d'eaux, le gouverneur...La seule chose qu'il pouvait obtenir désormais..c'était pour sa jeune épouse...la séductrice et intrigante Anne du Quartier haut...Le gouverneur lui promis donc monts et merveilles et la charmeuse avait ,en remerciements,décide de quitter sa "guilde" d'origine(La Chambre Française du Travail-CFDT) pour rejoindre la Fraternité Ouvrière-FO)plus proche du Gouverneur
Voilà ce qu'il se passait en L an de grace 2014 en notre bonne cité singulière!!!
Pendant ce temps le bon peuple trimait et trichait...que lui restait il d'autres..en effet l'ancien SEigneur,dit BARBE BLANCHE, avait lui aussi décidé de jeter l'éponge..de partir en longues journées de Pêche et de ceuillette de champignons...les hommes,même les peaux rouges, il en avait soupé!!!!

Écrit par : oxygene | 18/08/2014

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