11/08/2014

Les avatars du Vice-Roi - 3

Chapitre 3 : L’ECHAPPEE BELLE

1er épisode : Les mobiles du gouverneur

Le gouverneur tint ses promesses. Du moins celles qui étaient les monnaies d’échange de l’élection. Les hommes de mains furent largement dédommagés de leur servilité, les anciens ministres indélicats, placés à la tête d’enviables sinécures et les « fidèles » de l’ancien régime reçurent, comme promis, les trente deniers de la trahison.

Restait pour le gouverneur à s’occuper des choses sérieuses parmi lesquelles son propre avenir figurait au rang de ses préoccupations majeures.

Dans ce simulacre de démocratie, il trouvait enfin une opportunité d'atteindre les sphères du pouvoir dont il avait été jusqu’à présent été tenu à l’écart mais qu’il avait  toujours rêvé de rejoindre. Son statut d’héritier l’en avait empêché. Il était désormais  libre de donner cours à toutes ses ambitions, légitimé par le verdict populaire.

Ce qu’il avait tenté jadis avec le gros roi son voisin allait prendre à présent une tout autre dimension.

Débarrassé de toutes les contraintes héréditaires de son statut de vice-roi, il s’employa sans tarder à créer une fédération des petites républiques voisines, toutes avides de reconnaissance et magnétisées par l’aura de la principauté, en promettant à chaque petit potentat local le hochet qui lui tiendrait lieu de sceptre à l’égard d’une population peu regardante sur les attributs du pouvoir et qui ne serait en fin de compte qu’une ridicule marotte.Il rappela l'intolérable et le remit à la manœuvre.

Il lui resterait ensuite à atteindre le but suprême de son ambition : la chambre des pairs qu’il convoitait sans succès depuis si longtemps.

La première étape fut facile à passer. A l’un, il promit dans la fédération, un poste honorifique – et bien rétribué – avec à la clef un équipement nautique revendiqué par la population depuis des années dont le caractère à la fois somptuaire et ruineux avait jusqu’à présent fait reculer tous les édiles. A l’autre, il promit sa propre place dans une assemblée régionale à bout de souffle mais encore dotée aux yeux des néophytes d’un lustre prestigieux, sans oublier, là encore, la contrepartie populaire indispensable à l’exercice de la vénalité. Il s’agissait là pour le gouverneur de s’engager à voter pour la réalisation d’un équipement culturel qui allait dépouiller sa principauté de son rayonnement régional mais qui apparaîtrait bien ainsi comme la contrepartie de son engagement.

A tous, il promit de juteuses rétributions dans la fédération qui assurerait à chacun d’eux un train de vie enviable.

Le gouverneur éprouvait une intense jouissance à tirer les ficelles d’un pouvoir qu’il pouvait exercer quasiment sans contrôle. Jamais, il n’avait eu les moyens qui lui étaient offerts aujourd’hui pour atteindre son objectif.

Alors que quelques mois auparavant, il s’ennuyait à mourir dans son palais de vice-roi à la recherche d’un remède à son oisiveté, il se trouvait à présent excité par l’appât du pouvoir et du gain. Tout semblait facile avec des féaux qu’il pouvait corrompre à son gré d’autant plus aisément qu’ils n’attendaient que cela. Et même lorsque leur attitude était visible et susceptible de choquer les plus sensibles, elle se trouvait apparemment légitimée par cette onction populaire qui recrée dans les urnes une sorte d’absolutisme.

Le gouverneur n’oubliait pas cependant que sa position, tant qu’il n’aurait pas atteint la chambre des pairs, serait toujours fragilisée par la rumeur populaire qu’il était indispensable de contrôler.

Il chercha donc à reprendre à son compte une initiative remise à l’honneur du temps de son père dans la principauté : la célébration des racines.

Comme beaucoup de territoires méditerranéens, la principauté avait fait l’objet de peuplements successifs. Et il s’agissait donc de lui permettre, à défaut d’afficher une unité ethnique impossible à revendiquer, une pluralité d’origines que la principauté unifiait au plus profond de la personnalité de chacun de ces nouveaux citoyens.

Alors que les premiers peuplements de la principauté étaient d’origine continentale, ces racines étrangères provenaient essentiellement d’Italie, d’Espagne et d’Afrique du Nord. Elles avaient profondément marqué les coutumes de la principauté et spécialement sa gastronomie. Ainsi des préparations culinaires de type familial étaient-elles devenues des spécialités locales érigées en emblèmes du goût et de l’authenticité dignes d’un festin de dieux. Malheur à celui qui tenterait d’enfreindre la recette locale pour la « revisiter » en l’affinant ou en l’allégeant, il serait aussitôt déclaré sacrilège et banni de toutes les références qui font les réputations des tables de renom.

Le gouverneur, même s’il s’était tenu éloigné du peuple, savait tout cela. Il pensait donc nécessaire de récupérer à son profit ce lien populaire qui faisait de la principauté un site particulier doté d’un peuple uni par ses racines.

Les cousinages étaient puissants et allaient jusqu’à constituer des clans bien au-delà des familles traditionnelles.

Et même s’il n’était pas possible d’accorder à la population de souche une nationalité particulière susceptible de lui conférer, en tant que telle, une exonération fiscale, comme il en existait ailleurs en Méditerranée et comme le Roi soleil l’avait institué au moment de la création de la principauté, il estima qu’il fallait redonner corps à cette symbolique des racines – au-delà des chapelles qui réunissaient les origines de chacune des tribus de la principauté – en réunissant les citoyens «  nés en principauté ». Il pourrait ainsi, en jouant sur ce réflexe identitaire, limiter les aspirations des ambitieux, inciter les naïfs à évoquer entre eux leurs souvenirs de jeunesse et les éloigner ainsi de toutes les craintes que pouvait susciter l’avenir. Une opération de charme s’insérant dans la ouate câline d’un passé moelleux, voilà qui pouvait faire oublier au peuple, grâce à la complicité puérile de quelques ambitieux arrivistes et prétentieux, la dure réalité de sa situation peu enviable.

Le gouverneur détourna donc la célébration des origines italiennes, espagnoles ou d’Afrique du Nord de la population au bénéfice du seul berceau de la principauté et priva ainsi les citoyens – qui n’étaient pas de souche – de l’ouverture aux autres pays que leurs origines pouvaient leur offrir.

Mais le gouverneur n’en était pas à une réduction près, aussi castratrice qu’elle pût être. Ce qui comptait pour lui, c’était de mettre en lumière le plus petit dénominateur commun qui faisait taire les ambitions en maintenant le peuple dans l' autosatisfaction béate de son état.

00:00 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Oui c'est à peu prés ça...on pourrait rajouter aussi quelques cercles philosophiques...l'indolence de l Etat...
Quant à la Principauté du NORD DU ROYAUME...certains seigneurs seraient prêts à rejoindre le royaume...mais le ROI DE CES LIEUX RETIRES,entre collines de la MOURE et Etang fait tout pour ralentir ce processus inéluctable...pour lui mais aussi pour plaire aux SAIGNEURS de MONTPAYE....Seulement voilà le SAIGNEUR MOURE son ami n'est plus là...après sa deconvenue électorale et le nouveau n'apprecie pas YVES 1er ROI VIRTUEL et MALADE de la principauté du NORD...
De plus le nouvel empereur de l EXSEPTIMANIE lui aussi très mal en point ne représente plus qu'un FUTUREX...encore à la tête du PALAIS REGIONAL il sait que tout ça est bientôt fini...Aussi il laisse faire le MARQUIS DE COUGNARD..;surnommé aussi "MONSIEUR CLAUDE"...ce dernier règle donc ses petits comptes minables...déplacent,suppriment,briment et surtout récompensent ses collaboratrices intimes...mais pour lui aussi le "compte à rebours" est declenché...il finira en son hameau SEUL et pourra s'adonner à son activité préférée:la recherche de TRUFFES Il faut dire qu'il connait bien les truffes humides,séches...jeunes,plus matures..il en a trouvé beaucoup au long de sa brillante carrière au seul service de l EMPEREUR DEFUNT...Depuis il ressemble à un canard décapité qui a perdu son cerveau mais qui continue à courir partout sanguinolent et maladroit...
Alors notre ROI FRANCOIS ne sait plus trop d'autant qu'en terre biterroise et même agathoise il ne fait pas l unanimité...il faut dire que depuis 13 Ans il n'a toujours pas paye sa dîme à L UMP!!!

Écrit par : oxygene | 15/08/2014

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