04/08/2014

Les avatars du Vice-Roi -2

Le retour - 2

2ème Episode : Un combat pour rester en place

Le vice roi était content de lui. Pas peu fier du résultat de toutes ses manœuvres, il s’estimait plutôt doué pour la politique, domaine dans lequel il n’avait pourtant jamais pratiqué. En tant qu’héritier de la principauté, il n’avait jamais eu à se soucier de ses sujets ni, à plus forte raison, de l’avenir de son territoire.

Il s’évertuait simplement à ce que son nouveau statut de gouverneur élu ne diffère pas de l’ancien. Il se comportait donc comme on lui suggérait de le faire à l’égard de ces gens qui n’étaient plus ses sujets mais des électeurs. Ce n’est pas qu’il s’en souciait davantage, mais il jouait, comme on le lui soufflait, la comédie du pouvoir. Il mentait avec aplomb, promettait sans compter, dissimulait sans cesse et se gardait de tout projet pour la principauté vouée dans son esprit à être cédée à son voisin le mieux disant.

C’est dans cet état d’esprit qu’il se préparait à affronter le suffrage universel. C’était à ses yeux un système assez étrange mais plutôt pratique pour conférer à celui qui s’en prévaut une légitimité incontestable.

Car il ne voyait dans cette aventure que la formidable revanche qu’il allait pouvoir exercer contre tous ceux qui avaient contesté son pouvoir. Le service public n’était pas, on l’a compris, dans ses gènes. Il avait simplement bien intégré ce qu’il fallait faire pour que le public puisse le servir. Et il s’y employait de toutes ses forces avec son armée de mercenaires.

La campagne électorale fut pour lui de courte durée. Ses adversaires, autrefois dans une opposition frontale au prince, se retrouvaient à nouveau dans une posture convenue.

Il avait vite appris que les promesses rendent les électeurs joyeux et qu’elles n’engagent que ceux qui les écoutent. La surenchère avec ses adversaires traditionnels ne lui posait donc pas de problème et se révélait à coup sûr gagnante puisqu’il tenait encore les manettes par personnes interposées.

Il craignait un peu plus l’action de cet homme, nouveau venu dans la course mais vieux combattant qu’il avait connu au côté de son père et qui revenait, tel un électron libre, lui donner des leçons de morale, d’économie, de finances et de philosophie. Mais au fond, il savait bien que ses anciens sujets, même récemment convertis en électeurs libres, se révèleraient imperméables à son langage. Ce que les gens voulaient, c’’était du concret, et du concret tout de suite. La situation n’était pas brillante. Il fallait les convaincre que ça allait changer aussitôt les élections passées.

Le « Saint Jean des cathédrales » avait beau jouer les « Savonarole », sa raison l’empêchait de promettre tout et tout de suite. Son plan était un plan de recomposition de la vie économique de la principauté qui mettrait nécessairement un certain temps à produire ses effets. Et cela, les électeurs ne le concevaient pas. Lui, leur en promettaient donc plus qu’ils ne pouvaient en espérer. Et même si tout cela était déraisonnable, ce qu’il promettait à chacun, personnellement, suffisait à donner à cette promesse unique toute sa crédibilité. Les électeurs se soucient peu de rapprocher toutes les promesses faites en un paquet-cadeau global dont l’énormité prouve son inconséquence. Ils se contentent de considérer ce qui leur est promis personnellement et dont, à leurs yeux, la modestie offre l’hypothèse d’une possible réalisation.

Que l’on s’évertue à démontrer et à prouver la mauvaise gestion de la principauté, l’état catastrophique des finances et par conséquent l’inconséquence qu’il y aurait à confier les clefs du domaine à celui qui l’a ruiné, n’avait aucun effet sur l’opinion publique.

Que les arguments techniques leur soient inaccessibles qu’ils soient simplement trop habitués à entendre des critiques sans avoir jamais vu personne ni en tenir compte ni leur offrir une chance de modifier leur quotidien, les électeurs préféraient en fin de compte la politique de l’autruche à la lucidité. Et si le déclin était inéluctable, personne n’y pourrait rien. Une sorte de fatalisme qui les conduisait à rejeter les réformes au profit d’une éventuelle révolution qui leur permettrait de manifester haut et fort leur ras-le-bol par un effet de masse rassurant pour des individus sans défense. La masse a plus d’instinct que de raison. En cela, elle permet des changements radicaux lorsque le peuple a cessé de croire à la sincérité du pouvoir en place. Tant qu’il se laisse abuser par ses mensonges, la révolution n’a pas sa place. Le gouvernement qui évite la révolution sait qu’il peut compter sur les conservatismes pour se maintenir au pouvoir.

Cela, le vice-roi le savait. Il l’avait échappé belle pendant son séjour au Maroc. L’Intolérable – il faut le mettre à son crédit – lui avait bien sauvé la mise. Sauvé par le gong, il était aujourd’hui hors d’atteinte de ses adversaires, quels qu’ils soient. Il n’y avait donc pas, pour conserver la place, à se perdre en débats sur l’avenir économique de la principauté qui, dans son esprit, n’était déjà plus son problème.

Il suffisait, comme il l’avait toujours fait, de tenir un discours lénifiant sur la valeur de ceux qui avaient édifié la principauté et de ceux – les électeurs actuels – qui l’avaient sauvegardée, même si tout cela relevait d’une vue de l’esprit puisque la principauté était en quasi faillite. L’évocation du passé laissait penser au peuple que le temps du bonheur allait revenir. Tant pis pour les crédules – les plus nombreux – qui seraient abusés. Il aurait par la suite tout le temps de trouver de nouveaux coupables.

Quant aux plus lucides, susceptibles de se laisser convaincre par le discours de son adversaire, il leur laissait croire en confidence que leurs critiques étaient pertinentes et qu’il en tenait le plus grand compte pour pouvoir, le moment venu, leur donner entière satisfaction sans avoir terrorisé tous ces gens incapables de comprendre la finesse de leurs propos. Tout viendrait à temps et à point pour redonner à la principauté l’élan dont elle avait besoin. La plupart de ses interlocuteurs étaient rassurés partant de sagesse et convaincus par la méthode proposée qui flattait leur position de « conseillers » du prince. Et il suffisait pour cela au vice-roi d’opiner et d’approuver sans rien dire, laissant l’initiative des questions et des réponses à celui qui était trop fier d’exprimer son avis.

Le vice-roi ne tenait qu’à sauver sa place et utilisait, semble-t-il, le meilleur moyen d’y parvenir.

Le résultat du scrutin, confirma sa stratégie.

Le vice-roi fut largement élu et devint le 1er gouverneur élu de la principauté.

00:00 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Pour faire court:"Le pouvoir corrompt,le pouvoir absolu corrompt absolument"
MACCHIAVEL..le Prince...me semble t il?!

Écrit par : oxygene | 05/08/2014

On pourrait écrire sur les politiques et les collectivités des CENTAINES DE BOUQUINS....le fond du problème est pourtant BASIQUE!!!
Depuis la décentralisation "consentie" on a fait ENTRER LE LOUP DANS LA BERGERIE!!!
En effet d'une part les collectivités,très nombreuses,permettent de distribuer des mandats-prebendes aux nombreux appétits locaux...D'autre part ce "pouvoir local" n'est quasiment pas sous contrôle...;
Enfin et c'est loin d'être négligeable le "statut" de l'élu a MUTE...Des années 70-80 période durant laquelle l 'Elu était globalement militant désinteressé...on est passé à L elu REMUNERE en recherche de compléments financiers ou tout simplement d'une indemnité principale..;et bien sûr de reconnaissance...poussée par certains jusqu'à un narcissisme quasi pathologique..
Le pire c'est que cette "évolution" ne s'est pas toujours accompagnée par des compétences pourtant attendues voire EXIGEES des Fonctionnaires(ce qui est normal) servant le plus souvent de FUSIBLES!!!
La MUNICIPALITE COMMEINHES EN EST UNE CARICATURE: Voir recemment l'affaire grotesque du PARKING des 3 DIGUES...et surtout la NOMINATION D UN DIRECTEUR DE CCAS(Compagnon attitré d'une ELUE!!!!)totalement improbable car n'ayant aucun des "pré-requis" de base...pour un poste aussi sensible...d'ailleurs vu les décisions de deux des derniers directeurs de CCAS de se retirer d'eux mêmes on peut même se demander si l'intelligence ne gêne pas...!!!
Oui YVES, ce que tu décris je le connais très bien et tu le sais!!!
J'en ai beaucoup souffert et ça me marquera à vie...MAIS comment expliquer que cette situation à SETE comme ailleurs PERDURE???
Que les citoyens globalement IGNORENT l'envers du décors?C'est pourtant eux qui PAYENT!!!
Parce que LE CLIENTELISME REGNE EN MAITRE
A DROITE AU CENTRE A GAUCHE(Même LIBERTI a gravement fauté)
Toi même...ne te rends tu pas compte que les personnels...les elus..à qui tu as accordé(trop?)des situations...avantageuses te lachent aujourd hui ? c'est LOGIQUE!!!car c'est UN PARADIGME qu'il FAUT CHANGER RADICALEMENT ET VITE....SINON...LA NATURE REPRENDRA SES DROITS...et là????

Écrit par : oxygene | 11/08/2014

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