11/05/2014

EN GUISE D'ADIEU

Ce blog va être clôturé. Je ne conserverai que mon compte Face Book qui me permettra de correspondre avec mes amis et ceux qui souhaiteront les rejoindre. Je ne sais si les quelques réflexions que j'ai exprimées au cours des 18 derniers mois  auront servi à quelque chose ou à quelqu'un. J'ai simplement essayé d'écrire sans fioritures et sans ambages ce que je ressentais de la vie publique. J'ai été parfois violemment critiqué, parfois excessivement loué. Je conserve la mesure de tout cela en pensant que tout est question de moment et que les attaques immodérées comme les louanges excessives ne sont que le résultat d'un état d'esprit passager. Cela me conduit, pour conclure, à une dernière réflexion.

L'avenir est évidemment inconnu mais il est en partie prévisible. Du moins pour ce qui concerne les choix non seulement des électeurs mais aussi des élus.

Au niveau électoral, la démocratie a ceci d'irremplaçable que les choix sont faits par une majorité qui certes peut se tromper mais qui, au moment où elle s'exprime est, par définition, légitime . Rien à voir avec la raison. Rien à voir avec le bien public. Rien à voir avec une vision globale de l'avenir. Le choix est toujours la combinaison complexe de l'appréciation personnelle par chaque électeur d'une situation momentanée. C'est dire combien ces choix peuvent être mouvants. Ils ne sont pour autant ni contestables ni révisables. C'est en ce sens qu'ils sont souverains. Et qu'ils sont déterminants pour l'avenir.

Ils peuvent parfois se révéler catastrophiques. Il en est ainsi des choix guidés par la paresse, la lâcheté, l'intérêt personnel ou pire, la vénalité. L'histoire regorge de ces mauvais choix. Choisir un gouvernement n'est pas simple. Cela exige d'apprécier le programme présenté. Bien peu d'électeurs s'y intéressent ce qui vient de permettre à notre chef de l'Etat d'avouer que son programme n'était pas "étincelant" et qu'il avait  été élu par rejet de son prédécesseur.

Cela exige aussi d'avoir une vision de l'avenir. Cette perspective est rarement dans le champ d'intérêt des électeurs qui préfèrent entendre que l'on va améliorer directement et personnellement leur quotidien plutôt que d'entendre ce que l'on va faire pour offrir à leur pays ou à leur ville un meilleur avenir. Cela exige enfin d'avoir le sens de l'intérêt collectif, inséparable de l'intérêt personnel des membres de ce collectif, et pourtant souvent considéré comme son ennemi.

J'ai toujours cru et je crois encore qu'il faut passer cette barrière. Mais, même élu, j'ai conscience de n'y être jamais parvenu. A l'exception de ceux qui ont décidé de jouer la carte de la démagogie, de l'absence de programme et des promesses inconsidérées, ceux qui ont fait le choix de la transparence sont toujours élus pour d'autres raisons - souvent obscures -  que celles qu'ils revendiquaient.

Reste que le choix des électeurs a des conséquences sur les choix que feront ceux qu'ils ont élus.

Et c'est là que se situe la vision de l'avenir. Si les élus de circonstance, les plus fréquents, devenaient les élus d'une vision, même tardive, la démocratie serait sauve mais cela demeure exceptionnel car l'état d'esprit qui conduit à épouser systématiquement le courant populaire de la facilité est exclusif de l'attitude de courage qu'exigerait cette conversion. Dès lors le choix par les électeurs de la facilité  engendre inéluctablement la persistance de la politique de la facilité qui renvoie à une vision périmée des problèmes et paralyse les réformes.

La France est en de mauvaises mains car elle a renoncé aux efforts qu'exige la situation présente. La question ne consiste pas à critiquer l'Europe de n'avoir pas réalisé l'harmonisation fiscale et sociale des Etats membres mais de savoir comment nous devons mener notre politique sociale et fiscale pour qu'elle soit en harmonie avec celle de la majorité des Etats membres.

Sète est en de mauvaises mains car elle a renoncé à affirmer son indépendance. La question n'est pas de savoir quand ceux auxquels on a voué allégeance (Conseil Général et Conseil Régional) - et dont la survie est à présent improbable -  accepteront de redresser la politique périmée qui a amené la ville au déclin, mais de créer les conditions d'une nouvelle politique économique locale capable de lui redonner le dynamisme qu'elle a perdu.  

Ce sont ces choix qui déterminent l'avenir et que les électeurs auront, le moment venu, la capacité d'apprécier.

Pour ma part, j'espère que sous la pression des événements ou des électeurs qui auront pris conscience de la situation, ceux qui sont en charge de ces choix sauront les faire avant qu'il ne soit trop tard.

Je crois que renoncer à faire le choix de notre aggiornamento social en France, constituera pour notre pays la fin de tout espoir de reprise et la confirmation de notre asservissement. 

Je crois aussi qu'à Sète, renoncer à utiliser pour le tourisme l'héritage portuaire que les Sétois ont reçu dans leur patrimoine constituera la confirmation du déclin de notre ville et un handicap majeur à toute reconversion.

C'est pourquoi, j'espère sincèrement qu'une prise de conscience même a posteriori permettra de corriger durablement le tir. C'est le vœu que je forme en souhaitant qu'une nouvelle génération ouverte sur les réalités sache convaincre la masse de la nécessité de se réformer et de s'adapter.

 

 

09:18 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cher monsieur Marchand,

Ce fut un plaisir de vous avoir rencontré et vos blogs m' ont souvent fait réfléchir, ce qui, hélas, n' arrive pas trop souvent de la part de politiciens qui préfèrent la manipulation partisane à une recherche, quelque subjective soit elle.

Je regrette, vous vous en doutez, que les électeurs se sont laisser aller à la facilité, au clientélisme, aux habitudes, peut être à la crainte- votre réputation n' est plus à faire- pour certains. Sète a besoin d' un homme de votre trempe.

Tout comme la France a besoin d' un groupe de politiciens Européens, libéraux, libérés des habitudes, des modes de fonctionnement dépassés, tournés vers et ouvert au monde.

Un grand merci pour l' effort et le travail de qualité que vous avez fourni.

Écrit par : Ruymen | 11/05/2014

Je n'espère pas que ce commentaire passera ta censure. À vrai dire, je m'en fous.
Ta réflexion, comme d'habitude, est de grande qualité. Pour moi, l'incroyable différentiel existant entre ton intelligence, ta puissance d'analyse, et tes emportements réflexes qui déterminent tes actions est un mystère insondable.
Je ne peux qu'en observer les dégâts, qui chaque fois me catastrophent.
Je ne peux pas imaginer que nous nous reverrons, sache que je le regrette réellement.
Mes fortes sympathies à toute ta famille. Henri

Écrit par : Dumas | 11/05/2014

Ce dernier article m'attriste à plusieurs niveaux:
-D'abord j'y sens(et je le comprends)une dose de pessimisme...
-Ensuite si je comprends la nécessité de fermer ce blog...je pense qu'il y aurait moyen,en dehors des échéances,de réflechir à le transformer en un espace de dialogue citoyen...(perso face book n est pas du tout mon truc...!!!!)
Enfin sur le fond je rejoins malheureusement en grande partie ton analyse..
La situation est à mon sens même plus grave encore:
-La FRANCE n 'est pas en de mauvaises mains seulement depuis HOLLANDE...le quinquennat précédent fut aussi un ECHEC...
-Le divorce entre les Français et les politiques est MANIFESTE et il va produire des effets de plus en plus significatifs..;au delà même de l'abstention..
-Le chômage structurel va continuer à s'aggraver car les politiciens professionnels de Droite et de Gauche ont pensé que le marché régulerait tout ça(La main invisible d'adam SMITH)...bien sûr ce n'est que FOUTAISE...le système capitaliste n'a jamais eu comme objectif le plein emploi...tout le monde sait ça...et il ne s'agit pas d'être MARXISTE pour le comprendre!!!!
Il faut lire avec GRANDE ATTENTION un des derniers papiers de Jacques ATTALI dans l express...il est intitulé "DEBROUILLEZ VOUS"(il aurait pu écrire demerdez vous...mais il est poli!!)...là,sous la plume de ce conseiller de droite et de gauche,on est effaré...tant il décrit bien la DECADENCE DU SYSTEME...tant il nous ALERTE....tant IL NOUS DEMANDE DE NE PLUS FAIRE CONFIANCE AUX ELUS...tant il nous demande enfin DE PRENDRE DIRECTEMENT LES CHOSES EN MAINS...l'écouterons nous? ce n'est pas sûr...
Quant à SETE ..;entre une droite BLING BLING et une GAUCHE ringarde c'est sûr l'avenir est incertain....il faut esperer ,cher yves,une relève authentique(denaja n'en est certainement pas une car il est le pur produit balzacien du systeme..)alors??? alors??? ben...DEMERDONS NOUS!!!chiche!!!(moi ca me va je suis resté "autogestionnaire"!!!)

Écrit par : oxygene | 12/05/2014

Je ne suis pas contre un nouvel espace de dialogue différent de Face Book. Et je suis d'accord avec Attali et sur ses mises en garde. Ses livres, très documentés et frappés au coin du bon sens, sont toujours extrêmement instructifs.
Pour le reste, concernant la relève, je me contente d'espérer. Sachant de toute façon que l'espoir en l'avenir est toujours vain puisque chaque génération ne se renouvelle qu'en vertu de cet espoir toujours déçu.
Il n'empêche que nos forces actives (pour parler comme Nietzsche) nous conduisent à nous dépasser tandis que nos forces réactives qui sont l'apanage du monde politique conduisent au dénigrement.C'est en tout cas ce que j'ai observé en m'efforçant de ne faire émerger que les premières au détriment des secondes.
Je ne suis pas pessimiste en ce sens que je crois vraiment que nos forces actives l'emportent sur les autres,dans la vie, sauf en politique ! A bientôt.

Écrit par : Yves Marchand | 12/05/2014

De grâce M. MARCHAND ne clôturez pas ce blog ou bien, comme le propose OXYGENE, créez un nouvel espace de dialogue pour nous permettre de vous lire encore et toujours!!!

Vous êtes notre force et vos écrits nous nourrissent, ils nous permettent de nous élever au dessus de la médiocrité permanente.

A très bientôt !!

Rose

Écrit par : ONORATO | 12/05/2014

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