20/04/2014

NOE OU LE PARADOXE DE L’ECOLOGIE

Je suis allé voir un péplum américain « Noé » avec Russel Crow. C’est un navet. Mais il m’a tout de même inspiré une réflexion que je voudrais faire partager.

Au fond il s’agit de savoir si l’homme est libre et quelle est sa place dans le monde. La question n’est pas nouvelle.

Las des turpitudes de l’Homme, Dieu a décidé de détruire l’humanité. Mais Dieu choisit Noé pour sauver les seules créatures innocentes à ses yeux : les animaux. L’homme est coupable, depuis le péché originel, d’être le fauteur de troubles et le destructeur de la nature. Dieu décide donc de provoquer un gigantesque tsunami et de le faire disparaître de la surface de la terre.

Au fond, sans pousser le raisonnement à l’extrême – la disparition de l’homme – c’est ce que nous disent les écolos qui considèrent, comme Rousseau, que la nature est bonne, que l’homme mauvais la détruit et que c’est cet homme coupable d’agression injuste qui doit être puni.

Mais Dieu, en choisissant Noé, a choisi un homme considéré comme pur et par conséquent rachetable. Il est donc le « gentil » du western, l’écolo avant la lettre. Celui qui doit rester, punir les autres et faire naître un monde nouveau.

Face à lui la bande de Tubalcaïn, fils de Caïn, l’assassin d’Abel, le méchant du « western » à la tête des destructeurs du monde, c’est-à-dire nous tous qui devons disparaître.

Le film nous présente Noé comme le serviteur obéissant d’un Dieu vengeur, privé de tout libre arbitre et Tubalcaïn comme le prototype de l’homme libre, moderne et progressiste qui décide de sa vie, qui s’approprie le monde et qui veut le soumettre à sa loi.

Les écolos, comme Noé, sont persuadés d’être le peuple élu du Cosmos destiné à le sauver des agressions perpétrées par l’homme moderne.

Ce n’est pas à Dieu que les écolos obéissent aveuglément mais à l’ordre naturel du Cosmos. Qu’il s’agisse de Dieu ou du Cosmos, cela ne change rien à la théorie selon laquelle l’homme accepte d’être l’instrument d’un ordre transcendantal.

Ainsi, le sauveur du monde, Noé ou l’Ecolo de service, n’est pas un homme libre tandis que le destructeur du monde, Tubalcaïn ou l’industriel,  le détruit au nom de sa liberté.

Fondement de la croisade des écolos, cette affirmation, bien que plaisante, peut sembler un peu courte. Il s’agit donc de l’affiner.

L’obéissance aveugle à un dogme ou à des préceptes non vérifiés a été définitivement proscrite par le siècle des lumières faisant naître une nouvelle doctrine : l’Humanisme qui vante la liberté de l’homme et qui reconnaît les droits fondamentaux que lui confère sa nature d’Homme.

Mais ce qui est intéressant, c’est sans doute de montrer, comme le fait le film, qu’en définitive, Noé a néanmoins fini par exercer son libre arbitre, comme plus tard Abraham, pour désobéir à ce qu’il croyait être un diktat de Dieu. Incapable de tuer ses petites filles, comme Abraham qui renoncera à tuer son fils Isaac,  il parie sur l’avenir en faisant la preuve que l’homme peut  se racheter par l’exercice de son libre arbitre.

C’est tout le problème des écolos. Ils n’ont pas encore fait leur révolution intime. Non seulement, ils n’assument pas leur condition d’hommes libres – propriétaires du monde – du style Tubalcaïn, mais ils en sont encore au point où, comme Noé, ils estiment devoir obéir aveuglément aux diktats imposés par ce qu’ils croient être l’harmonie du Cosmos. Pour  d’après eux –  sauver la planète, ils exigent l’arrêt de toute innovation (études sur les conditions d’exploitation du gaz de schiste, fin de l’énergie nucléaire, ralentissement des trains) bref, la fin du génie de l’Homme qui est sa capacité à s’adapter et à inventer.

Ils veulent en venir à bout par l’interdiction d’expérimenter, de penser. Ils croient, comme si la preuve contraire n’était pas rapportée depuis longtemps, que la sanction par référence au seul dogme permet de modifier les comportements.

Les écolos n’ont pas confiance dans le libre arbitre de l’Homme. Ce n’est pas avec l’Homme mais contre l’Homme qu’ils veulent sauver la planète. Ils se comportent comme Noé. Mais à la différence de Noé, ils ont renoncé à remettre en cause les dogmes qui les inspirent. A la manière des chrétiens du Moyen Age qui n’avaient pas encore fait leur révolution copernicienne, ce ne sont que des gens de foi. Ils ont renoncé à leur libre arbitre. C’est ce qui les conduit à être des réactionnaires. Les plus entêtés de tous.

Souhaitons qu’une cure salutaire, hors du gouvernement, les conduisent à réfléchir sereinement à l’avenir des hommes sous le prisme de l’humanité réelle et à renoncer une bonne fois pour toutes à la planète virtuelle qu’ils ont créée dans leurs fantasmes.

22:24 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | |

13/04/2014

L’IMMOBILISME, ENNEMI DE L’HISTOIRE

Je suis un conservateur. Mais je crois être un conservateur réaliste. C’est-à-dire un « conservateur progressiste ».

Le conservateur est attaché à l’acquis, à l’héritage dans lequel il se reconnaît en tant que chaînon d’une vie qui se perpétue. Il se réfère à l’Histoire.

Le progressiste est réputé examiner une situation avec lucidité, en découvrir les imperfections, trouver les remèdes adaptés et les proposer à ceux qui doivent décider de leur avenir. Il se projette dans l’avenir.

Les deux termes, que l’on a souvent opposés, ne sont pourtant pas contradictoires.

La simplification des idées auxquelles je faisais allusion récemment (cf. « Opinion Publique et Démocratie » du 7 Avril 2014) a conduit la plupart des observateurs à considérer les conservateurs, de droite, comme immobilistes et les progressistes, de gauche, comme adeptes du changement.

Mais, très curieusement, l’histoire nous a enseigné le contraire. Il n’est pas contestable que Mme Thatcher, de droite, fut une vraie conservatrice et que sa lucidité sur l’état du Royaume Uni, l’a conduite à des réformes drastiques qui ont permis à son pays de changer de siècle et de s’adapter aux changements induits par la modernité. Elle était progressiste.

Et dans le même temps, nul ne peut contester que François Mitterrand, de gauche, s’annonçait comme progressiste avec des réformes de société comme l’abolition de la peine de mort, mais que son progressisme s’arrêta là, incapable qu’il fut, à l’encontre de son prédécesseur,  de jeter un regard lucide sur l’évolution de la société française. Il fut un conservateur.

En réalité, tout n’est question que de courage. Les mots n’ont rien à voir avec les intentions et les faits.

Ce dont souffre notre pays, c’est du manque de courage de ses dirigeants tant sur le plan national que sur le plan local.

J’ai bien compris que la révélation d’un projet qui nécessite des efforts importants n’est pas électoralement porteuse de suffrages mais – si je fais, pour une fois, l’éloge du cynisme – la duplicité pourrait au moins conduire ceux qui ont manqué de courage à réaliser le projet évident qui permettrait d’adapter la thérapie nécessaire pour traiter le mal diagnostiqué.

Il suffirait pour cela que les lâches soient lucides. Sans reconnaître leur lâcheté, ce qui leur serait insupportable, il suffirait, puisque leur lâcheté leur a permis d’être élus, qu’ils se saisissent sans risque du projet des courageux pour le réaliser. On en a vu d’autres !

Mais non. La plupart du temps les lâches ne sont pas lucides ou, en tout cas, ne tirent aucune conséquence de leur lucidité, car tirer la conséquence de sa lucidité est une forme de courage.

Les événements que nous vivons actuellement illustrent ce constat tant sur le plan national que sur le plan local.

Sur le plan national, ceux qui ont dit qu’il fallait faire des économies ont été battus et ceux qui l’ont lâchement nié ont été élus et se retrouvent aujourd’hui confrontés à leur lâcheté originelle, incapables d’adopter l’attitude courageuse de leur opposants.

Sur le plan local, le déclin évident de l’économie sétoise nécessitait un bouleversement profond des structures économiques de notre ville mais les élus d’aujourd’hui persistent à prétendre, faute de lucidité ou de courage, ou des deux, qu’il ne faut surtout rien changer. C’est ainsi que, petit à petit, les acteurs de la vie publique qui devraient se placer aux avant-postes des réformes, préparent les révolutions.

22:25 Écrit par MARCHAND-Yves | Tags : yves marchand 2014; | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | |

07/04/2014

OPINION PUBLIQUE ET DEMOCRATIE

On s’interroge parfois sur cette propension des jeunes à se fondre dans la masse en s’habillant tous de la même façon, en adoptant les mêmes codes de langage, bref en constituant un groupe homogène au détriment de la personnalité de chacun de ses membres.

Cette attitude n’est pas spécifique aux jeunes. Elle se retrouve dans toute la société et aboutit à ce que l’on a appelé il y a quelques années le « politiquement correct » qui consiste, pour ne choquer personne, à énoncer ce que tout le monde pense, c’est-à-dire le plus petit dénominateur commun de la pensée. Malheur à celui qui en sort. Ses chances de survie sociale sont infimes. Car le groupe façonne la pensée de ses membres pour restreindre leur liberté et prendre ainsi le pas sur eux. Nous sommes dans une société où le groupe a depuis longtemps escamoté l’individu. C’est la vie en société ponctuée par des codes qui interdisent la contestation du « politiquement correct ».

C’est ainsi qu’à quelques exceptions près, les individus préfèrent se tromper avec le groupe plutôt que d’avoir raison contre lui. Accepter l’opinion des autres sans même la discuter dès lors qu’elle correspond à la majorité n’est pas une preuve de tolérance mais la manifestation d’un renoncement. C’est ainsi, de renoncements en renoncements, que se crée l’opinion publique.

L’opinion publique n’est pas la simple addition d’opinions individuelles. Au contraire,  l’opinion publique donne un sens à une masse confuse d’opinions irraisonnées mais ressenties par la majorité.

L’opinion publique ne se décrypte pas, elle s’impose. Elle est à la fois le résultat de l’Histoire et le résultat d’une aspiration au confort de l’individu en général trop lâche pour affronter le groupe. Elle stagne le plus souvent dans le « non dit » des individus et s’exprime dans le « on dit » de la masse. Elle devient alors un fait sociologique.

La vie publique est faite de rumeurs qui façonnent l’opinion publique.

D’où l’importance des slogans, des affirmations sans preuve voire des mensonges, qui sonnent comme des axiomes, des dénonciations publiques et des condamnations sommaires.

Paradoxalement, l’opinion publique se nourrit de tout ce qui détruit la démocratie. Et pourtant la démocratie, tant bien que mal, survit. C’est qu’au fond un consensus permet au groupe ce réflexe d’autodéfense qui le conduit, pour sauvegarder son confort, à éliminer ceux de ses membres qui risqueraient de compromettre l’harmonie du groupe.

C’est pourquoi, nous n’avons pas grand-chose à attendre d’un nouveau gouvernement, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne, tant que l’opinion publique n’aura pas assimilé, digéré et restitué sous forme de « on dit » le changement qu’elle ressentira alors comme nécessaire.

La démocratie n’a pas la capacité de mettre en œuvre une réforme. Elle ne peut que la constater lorsqu’elle est devenue évidente aux yeux du plus grand nombre.

L’opinion publique règne sur la démocratie parce qu’elle en est à la fois le fondement et la résultante.

Lorsque l’opinion publique n’a pas conscience de la mutation profonde qu’elle doit opérer dans la vie quotidienne du groupe pour assurer sa survie, la démocratie n’est pas l’outil adapté pour la convaincre. C’est  peut-être pour cela que, dans notre pays, les réformes n’ont jamais opéré les changements attendus ou espérés.

11:23 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | |