26/08/2013

LA DISGRÂCE DU VICE ROI ou LA FIN D'UN CONTE IMMORAL

8ème et dernier épisode : L'abdication

Le retour ne se passa cependant pas comme prévu. L’atterrissage fut mouvementé car, pendant la période de remise en forme du vice-roi par « l’intolérable », les complices du faux monnayeur avaient conclu un accord avec les services de police : contre l’abandon de toute poursuite pour complicité dans l’affaire marocaine pour laquelle les autorités du royaume alaouite avaient déjà mis la main sur les principaux coupables, nos deux compères avaient balancé à la police une sombre affaire de trucage de procédure d’attribution d’exploitation d’établissements touristiques qui impliquaient non seulement les services de la principauté mais le vice-roi lui-même.

L’affaire devenait extrêmement embarrassante et « l’intolérable », mouillé jusqu’au cou, n’avait qu’une hâte : se dégager au plus vite de son encombrant patron en faisant porter le chapeau par un tiers : pourquoi pas le ministre délégué aux finances qui avait signé tous les actes de la procédure ?

Aussitôt dit, aussitôt fait, « l’intolérable » fait avertir les services de police que tous les documents concernant ce dossier vont être remis à la justice établissant sans aucune ambiguïté la responsabilité  exclusive du ministre des finances. La police n’en voulait pas plus. Ce n’est pas dans sa nature de faire tomber un souverain. Elle préfère les lampistes. A condition qu'elle ait son coupable….

« Le vice-roi de la principauté, alerté par la police, des errements commis par son ministre des finances, déclare le démettre de ses fonctions ».

Quelques jours plus tard « l’intolérable » quitta la principauté pour une destination inconnue. Le communiquant, pourtant pris en grippe par le peuple, savoura sa victoire sur son rival qu’il ne manqua pas d’égratigner dans la communication du vice-roi, comme « partiellement responsable de tout cela » et retrouva ainsi un tant soit peu de crédibilité auprès des gens.

Mais tout cela fut de courte durée. Le vice-roi eut beau tout mettre en oeuvre pour laisser croire qu'il se comportait en prince, ordonner des plantations somptueuses de palmier évoquant son Afrique chérie dans les lieux touristiques de la principauté, faire des cadeaux, veiller à la propreté des rues, aller rencontrer ses sujets, recruter de nouveaux agents, s'emparer, en les travestissant des projets nés en son absence, rien n'y fit. Incapable de faire face à une situation de crise intérieure, totalement pris en otage par le roi, son voisin , le vice-roi se résolut à abdiquer et laissa la porte ouverte à la démocratie.

ACTE D'ABDICATION

"Au terme de 12 ans d’exercice quotidien du pouvoir, mes forces m’ayant abandonné et désireux de me retirer, j’ai décidé de renoncer à exercer le mandat qui m’a été confié par Dieu et de laisser au peuple le soin de choisir ses représentants.

Ma décision prendra effet ce jour à zéro heure. Je sais que ce choix peinera mes proches. Je souhaiterais simplement qu’ils comprennent que la tâche est épuisante et que la vie, qui ne m’a pas favorisé, ne me fait grâce d’aucune facilité pour mener de front mes multiples activités professionnelles incluant la viticulture et l’expérimentation scientifique sur la vue des gallinacées, mes voyages à l’étranger et mes obligations de représentations officielles ou officieuses, particulièrement dans tous les établissements publics où les autres boivent et s’amusent et où je dois impérativement tenir mon rang. 

Par modestie, je ne veux évoquer que pour mémoire cette soirée trop arrosée où l’on a salué mon courage lorsque j’ai raccompagné jusqu'à sa porte un agent de la principauté éméché en chantant un peu bruyamment avec lui une sérénade, le verre à la main, pour calmer son angoisse nocturne. J'aimais prendre soin de ceux qui m'étaient proches.

Je sais combien mes sujets ont toujours eu conscience des efforts considérables que j’ai dû accomplir pour me tenir quotidiennement, dès le petit matin et très tard dans la nuit, à l’exercice de ma fonction. J’espère qu’ils ne m’en voudront pas et qu’ils ne penseront pas que je les  abandonne au milieu du gué. Simplement, je n’attends pas le désordre général pour partir, je pars humblement et courageusement avant. Et, si je m’en vais, c’est surtout pour pouvoir m’amuser. J’ai toujours préféré le travail tout fait au travail à faire. On ne se change pas. 

L’essentiel des équipements de la principauté a été réalisé par mes prédécesseurs. Je ne vois en conséquence plus de raison à persister dans mon inaction. J’irai chercher ailleurs les amis qui me manquent ici. Quant à commencer à me battre, ce n’est pas dans ma nature.  

Je ne laisse pas beaucoup d’argent dans les caisses – en fait pas du tout – et je ne sais pas si les impôts suffiront à combler les trous. Comme je suis incapable de faire des économies, sauf pour moi, bien entendu, il faudra bien que mes successeurs  se débrouillent. 

Je préfère que ce soit eux qui endurent les plaintes de la population. Je ne suis pas fait pour supporter cela.  

Avant de partir, je voudrais rendre hommage à celui qui m’a aidé avec dévouement et désintéressement à accéder il y a douze ans à cette fonction qui m’a comblé de bonheur et que je quitte avec regret.

Il fut le chancelier de l'un de mes prédécesseurs et fut le mien jusqu'au moment où j’ai dû le répudier pour m’avoir empêché de remettre les clefs de la principauté à mon seigneur régional.

Enfin débarrassé du gêneur, je pus les lui remettre. Finis les soucis. C’est la seule vraie décision que j’ai prise en 12 ans ! On ne pourra pas me reprocher d’avoir abusé.

Je m’en vais en laissant – paraît-il – un bazar indescriptible dans la principauté.

Tout cela n’est pas très grave. En revanche, tous mes compagnons de route auront passé du bon temps : 12 ans de vacances. C’est mieux que personne n’aurait pu espérer. Je pars donc la conscience tranquille."

Il restait désormais à la démocratie à faire la preuve de sa capacité à gérer l’avenir.

   FIN

00:00 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | |

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