08/07/2013

LA DISGRÂCE DU VICE ROI ou LA FIN D'UN CONTE IMMORAL 1

1er épisode : MOURIR D'ENNUI

Il était une fois, dans une principauté où le ciel et la mer se rencontrent pour offrir à ses sujets les plus belles couleurs de la terre, un vice-roi qui s’ennuyait à mourir. Le roi qui n’était pas décédé, avait disparu, et le vice-roi avait pris sa place, conformément aux règles de succession en vigueur dans la principauté. Mais le vice-roi n’était pas homme à gouverner. Il était plutôt homme à s’amuser, ou plutôt, à tromper son ennui par les moyens habituels offerts aux êtres faibles et velléitaires, parmi lesquels l’alcool qui lui servait de plus fréquent dérivatif. Il avait bien tâté de stupéfiants ordinaires et de filles faciles mais ce n’était pas son habitude. Les stupéfiants, même les moins durs, ne lui procuraient pas le délassement qu’il en attendait et les filles exigeaient de lui des efforts qu’il avait depuis longtemps renoncé à faire pour un plaisir trop rapide. Seul l’alcool le détendait en lui offrant l’abandon et l’oubli.

 Il n’empêche, le vice-roi s’ennuyait à jeun comme à bloc.

 Mais une principauté, même de petite taille, doit être gouvernée comme une grande et ses sujets attendent de leur dirigeant  qu’il prenne des initiatives, qu’il propose une manière de vivre ensemble, des projets d’avenir, qu’il tienne sa maison en ordre, qu’il motive les fonctionnaires de la principauté, bref qu’il remplisse un rôle traditionnel de dirigeant qui, sans être trop autoritaire, montre au moins une autorité.

 Mais non, rien ne venait du vice-roi qui traînait son ennui dans les établissements publics de la principauté, opinant à toutes les remarques qu’on pouvait lui faire sans  jamais donner l’impression qu’il en tiendrait le moindre compte. Et d’ailleurs, c’est bien ce qu’il faisait : il ne faisait rien. Tout semblait glisser sur lui comme la pluie sur les ailes d’un canard. Seul l’ennui se détachait de cette apparence de personnalité, distante, évanescente et cependant hautaine et méprisante avec les modestes, comme s’il était d’une race à part.

Et il était  bien d’une race à part. Le vice-roi était un héritier. Il n’avait pas fait grand-chose pour bénéficier de son statut et le hasard l’avait conduit à sa fonction de vice-roi qu’il n’aurait jamais dû exercer si les choses avaient suivi leur cours normal. Mais les aléas de la vie avaient éliminé son frère aîné de la course au pouvoir et la loi du lieu interdisait aux femmes d’hériter du titre suprême, ce qui disqualifiait sa sœur, infiniment plus intelligente que lui. Alors lui, qui n’était fait que pour jouir de la vie sans effort, se retrouva sous les feux de l’actualité sans que rien ni personne ne l’ait prédisposé à cette situation. C’est dire son désarroi lorsqu’il dut exercer le pouvoir.

La déclaration de régence au profit du vice-roi donna lieu à une fête superbe dans la principauté. C’est ce que le vice-roi savait faire de mieux : Organiser une fête, ou en tout cas, la faire organiser, était sa seule compétence. Ce jour là les sujets de la principauté espérèrent un avenir plein de promesses, d’autant que le vice-roi avait donné une connotation religieuse à son accession au pouvoir en allant offrir un cierge à la patronne de la principauté qui était réputée veiller sur elle et la protéger de tous les maux.

Et spécialement de ceux qui pouvaient provenir du royaume voisin, particulièrement gourmand et désireux depuis toujours de mettre la main sur la petite principauté qui lui offrait la sensation de grandes vacances sans fin. 

A suivre.....

00:00 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je suppose que les sujets de ce vice roi fainéant étaient écrasés sous le joug de l'impôt et que c'étaient eux qui payaient toujours les violons du bal.

Écrit par : CAMELIO Jean-Louis | 08/07/2013

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