11/02/2013

LE FROMAGE DU RENARD

On a coutume de parler de la démagogie des élus. Parfois à tort et à travers, sans en examiner les ressorts. Et pourtant, à y regarder de près, la démagogie entraîne le harcèlement et tous deux  procèdent d’un système qui consiste d’abord à flatter un individu au prix de sa liberté, souvent, en contrepartie d’un avantage consenti ou à consentir, et de s’assurer ensuite de l’asservissement total du « bénéficiaire » de la démagogie.

La démagogie est pratiquée par celui qui a le pouvoir (le renard) et qui a choisi d’en abuser en flattant une personne - l'électeur -  dont il attend en retour la fidélité (le corbeau). La démagogie s’arrête rarement aux flatteries. Elle  constitue une introduction jusqu’au moment où l’électeur-corbeau cherchera le moyen de tirer avantage de ce rapport particulier : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute »

Toute la difficulté réside dans l’appréciation de l’abus de pouvoir et du « fromage »

Est-ce abuser du pouvoir :

-         d’accorder un logement à quelqu’un qui est mal ou pas logé,

-         un emploi à quelqu’un qui est au chômage,

-         ou un chantier à une entreprise en difficulté ?

Certainement pas. Il est évident que le détenteur du pouvoir, décide en dernier ressort. A ce titre, il peut toujours prétendre, à tort ou à raison, qu’il a agi en toute légalité en estimant la demande de son protégé plus justifiée que d’autres. La preuve de sa turpitude sera toujours extrêmement difficile à administrer. C’est l’opacité qui fait la force de la faveur. Mais la rumeur s’empare la plupart du temps de ce genre de sujets et finit par rendre transparentes les pratiques du pouvoir. Il suffit d’un peu de temps.

L’objectif du démagogue est évidemment de conserver le pouvoir en s’accordant par tous les moyens les bonnes grâces de celui dont la reconnaissance se traduira, au prix de sa liberté,  non seulement par un vote mais aussi par un dévouement intégral au prétendu « bienfaiteur ».

Et ce sont les contribuables qui feront les frais de la démagogie du flatteur dont le portefeuille électoral sera financé par les deniers publics.

Le renard-flatteur ne va cependant pas pouvoir s’arrêter à la simple opération de séduction. Il va devoir surveiller le flatté pour s’assurer que ce dernier n’aurait pas l’idée saugrenue de reprendre sa liberté. A quoi serviraient tous ses efforts de flagornerie et d’avantages particuliers si d’aventure le corbeau-électeur de la fable, après s’être essayé à chanter, s’envolait sous d’autres cieux pour voir dans les champs du voisin si l’herbe y est plus verte ?

Le renard-élu va d’abord resserrer l’étreinte pour pouvoir plus tard déguster tranquillement son fromage ! Il met alors en place un système de menaces et de délation qui n’aura pour seul objet que d’attacher par la force la fidélité du rétif qualifié d’ingrat.

Pourquoi dois-je aborder ce sujet aujourd’hui ? Je prie le lecteur de m’en excuser.  Ce n’est pas le caractère habituel de mes écrits. Mais j’ai reçu de nombreux messages qui me demandent avec inquiétude si mon discours rigoureux ne va pas se heurter à cette gangrène.

 

Ma réponse est simple :

 

-                              Comme je l’ai indiqué dès le début (cf. ma première interview en tête de ce blog), mon objectif n’est pas d’être réélu. Il est de passer le flambeau à une équipe renouvelée qui prendra en charge l’avenir de la ville.  Je n’ai donc pas à rechercher les moyens de me constituer un fonds de commerce électoral destiné à ma réélection.

-                              En second lieu je veux éveiller l’attention de ceux qui ont pu être faibles – sans me donner en quoi que ce soit le droit de les juger ou de juger ceux qui auraient pu les tenter – que leur liberté ne doit jamais être aliénée ni par les largesses ou les promesses d’un élu, ni par les menaces de ses sbires. La démocratie a ceci d’exemplaire qu’elle exige l’isoloir pour que le choix du citoyen soit totalement libre.

Je rends grâce au silence de l’isoloir et au secret des urnes qui maintiennent la démocratie dans les pays de liberté et je fais confiance aux citoyens pour qu’ils comprennent qu’en devenant les complices d’un pouvoir démagogue et harceleur, ils tuent eux-mêmes la démocratie qu’ils revendiquent.

 

(Toute référence à des faits révélés ou susceptibles de l’être ainsi qu’à des personnes ayant existé ou  pouvant exister, serait absolument fortuite)

08:00 Écrit par MARCHAND-Yves | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

M. Marchand,

Si je suis entièrement d'accord avec vous sur le sujet. Je mettrais un gros bémol dans votre phrasé introductif.

Sic - un emploi à quelqu’un qui est au chômage,

- ou un chantier à une entreprise en difficulté ?

1°) Un emploi seulement , si le poste est vacant et si ce poste est indispensable à la bonne marche du service public et ne peut pas être supprimé afin d'alléger les charges de personnel. Il faut savoir quand économie, un emploi de fonctionnaire est une charge et qu'il faut que cet emploi soit justifié. Car en alourdissant les impôts par des emplois factices ou non indispensables, on alourdit la contribution des ménages et surtout des entreprises qui ne sont plus concurrentielles sur le marché et qui licencient.

Enfin de compte pour une emploi non justifié et faire plaisir à un chômeur ont a fait mettre aux chomages trois personnes.

Trois personnes lésées qui peuvent dire "merci" à la municipalité ?

On a vu créé des postes qui parfois n'étaient même occupés afin de donner un salaire à des personnes bien ciblés. Il en est de même pour des missions ou des rapports extravagants qui ont pour seul et unique but de donner l'argent des contribuables à des margoulins ou associations à but bien lucratif même si elles sont enregistrées en loi de 1901.

2°) Pour les chantiers, il y a la règle légale de la libre concurrence et favoriser une entreprise locale ou en difficulté devait être normalement impossible. En effet la loi est contournée souvent. Une personne initiée, voir un maire, communique oralement le devis le plus bas au copain entrepreneur, qui s'aligne juste à un degré plus bas. On rectifie le tir par des gros avenants en cours de chantier et le tour est joué.

Le copain emporte le gros lot avec en prime un panier garni et il n'oublit jamais le camionnage. Sinon ce sera la dernière fois qu'il travaille avec la municipalité.

Ces méthodes sont connues et pratiquées dans des municipalités où le maire n'a pas de scrupules et est avide d'argent.

Les journaux dont le Canard Enchaîné en dénoncent tous les jours. La dernière est sur un sénateur/ Maire PS et son adjoint qui se faisaient graisser la patte pour des attributions de logements HLM. La scène de la remise du numéraire a été filmé et enregistré avec le son. (voir le site net du Canard).

A la fin toujours le même qui paye les violons de bal sans pouvoir faire une seule danse, le pauvre contribuable.

Écrit par : Jean-Louis CAMELIO | 11/02/2013

On ne doit évidemment embaucher que lorsqu'un emploi est nécessaire, attribuer un logement qu'en respectant les règles de l'attribution et adjuger un marché public qu'au mieux disant. Ce qui va sans dire, va apparemment mieux en le disant.

Écrit par : Yves Marchand | 11/02/2013

Maître Yves Marchand De Lafontaine , vous êtes le Renard de la Fable que vous venez de nous conter ,j' ai l' impression que le Corbeau est sur son Arbre avec son Pélardon et son béret(ou Képi) , qu' il essaie de se raccrocher aux branches mais que vos déclarations vont le faire tomber de Haut ( d' autant qu' il n' est pas très grand :=)).
Si votre mise au point est réelle , je souhaite à la personne que vous soutiendrez :Bonne Chance !!!

Écrit par : utopjim | 11/02/2013

Merci M. Marchand pour ces précisions claires et nettes. qui sont indispensables pour éclairer au mieux le sujet

Écrit par : CAMELIO jean-Louis | 11/02/2013

Nous rappelez les fables de la Fontaine, nous en sommes ravis.
Mais hélas elle nous refont surgir quelques exemples ( "quelques" c'est pour ne pas charger la barque) remarquables qui sont à l opposés de votre propos lorsuqe vous étiez aux manettes.
Vous n'êtes pas le seul dans ce cas et comme la mer le phénoméne est toujours recommencé

Écrit par : rousson | 11/02/2013

Bonsoir
Je trouve que les exemples que vous citez correspondent plus au clientélisme qu'à la démagogie .
Pour ma part je considère comme démagogue celui qui pour s'attirer les faveurs des futurs électeurs , les flattent dans le sens du poil , laisse entendre aux uns qu'il réalisera leurs souhaits , alors qu'il a promis la même chose aux autres dont les désirs sont en totale contradiction avec ceux des premiers , essaye de , pour mieux ratisser large , marier la carpe et le lapin , et préfère rester dans un flou "artistique" plutôt que de dévoiler ses réelles options , lesquelles risqueraient de mécontenter de potentiels électeurs .
En gros , par exemple , ni de droite , ni de gauche .... bien au contraire...

(Toute référence à des faits révélés ou susceptibles de l’être ainsi qu’à des personnes ayant existé ou pouvant exister, serait absolument fortuite).. :-)

Écrit par : marion | 11/02/2013

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